‹ ThéâtreChapitre 128 sur 174 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

De Uioi.s. — Si j'abandonno la lutte, j'engagerai mes amis à voter pour Maréchal.

;, Ferkier. — Vous ne ferez pas ça? De Riols. — Vous le verrez bien !

Feurier. — Pour Maréchal?... Mais c'est fou!... Vous n'ignorez pas de quels principes se réclament ces gens?... Ce sont des communistes. Encore leurs idées sont-elles défendables et respectables comme toute idée. Mais les hommes? Maréchal, Vergogneur, les autres?... Vous les connaissez, vous savez ce qu'ils valent.

De Riols. — Les électeurs le savent aussi. Ferrier. — Mais quelle honte pour Salente si on installe ici tous ces individus !

De Riols. — Quand le suffrage universel aura prononcé, comme vous dites, il faudra bien nous incliner. Ferrier. — Il se noieront dans un nouveau scandale. De Riols. — Les Salentins commencent à s'habituer aux scandales municipaux.

Ferrier. — Ils mèneront la ville à la faillite.

De Riols. — Qu'elle y aille donc!... Elle l'aura voulu.

Ferrier. — Prenez garde que la rancune ne fasse

^ commettre à votre parti une action détestable. Qu'arri-

( verait-il si, d'un bout à l'autre de la France, dans les

ï élections de dimanche, vos amis raisonnaient comme

' vous et poussaient aux affaires les moins recomman-

dables candidats?

De Riols. — Les nations ont les gouvernements qu'elles méritent. Unies ou divisées, généreuses ou égoïstes, intègres ou vénales, les assemblées publiques offrent, dans leur petitesse, l'image même du pays

qui les nomme. Et vraiment ses élus sont ses représen tants. Si notre ville se donne Maréchal pour maître, c'est que Maréchal est Ihomme qui la représente le mieux. Et ne vous voilez pas la face devant celte élection. Surtout n'essavez pas de me donner à croire que votre unique inquiétude est de voir arriver à la mairie un homme taré comme lui. Non, ce n'est pas sa moralité qui vous inquiète, mais ses idées. Quoique vous alfeeliez une largeur d'esprit philosophique, vous n'êtes qu'un hourgeois qui, d'instinct, haïssez le collectiviste Maréchal. — Des collectivistes au pouvoir, à Salente et dans mille autres communes peut-être, voilà qui lait pousser les hauts cris à la classe bourgeoise! Des gens qui menacent la propriété, votre propriété! Sacrilège! Et vous vous apprêtez à la défendre avec vaillance!... Pour nous, qui n'avons plus grand'chose, nous assisterons au combat en speclaleurs amusés. Vous nous avez dépouillés. On va vous étriller à votre tour. Je trouve cela fort plaisant.

Ferrier. — Trouveriez-vous plaisant aussi que la France....

De RioLS. — Oh! la France est une femme légère et qui aime à chanter damants. Elle nous a lâchés pour courir la grajjde aventure. Elle a renié son passé, ses traditions, ses rois, son Dieu. Elle a cru devenir une fille émancijîée, elle n'est qu'une fille perdue. Qu'elle suive donc sa destinée en se déshonorant chaque jour davantage.

Ferrier. — Oui, quelle joie pour vous si ce pays qui vous fut infidèle en était déconsidéré! C'est le voeu secret de tout \otre parti que vous mettez au jour. Sa

Page 1