ACTE TROISIÈME
Sénart. — Mais non, sapristi, ne partez pas. Et parlons d'aiïaires sérieuses.
Gerbier. — Nous ferions mieux de nous occuper a / de la ffrève,
Vidal. — Ou des vieux quartiers.
MoNSEiGNEDR. — Voyons, madame, laissez-moi parler. Écoutez-moi. monsieur Ferrier. Un peu de silence, messieurs, un peu de silence. (Le lumultc s'apaise.) Ah!... Puisqu'on a eu la malencontreuse idée de soulever cet irritant débat, terminons-le, promptement. (Pause.) Madame Errazura fera fermer l'œuvre des jeunes phtisiques...
Madame Errazira. — Comment, monseigneur, vous voulez ?
Monseigneur. — Oui, madame, je le désire.
Madame Errazlra. — Mais, monseigneur....
Monseigneur. — Attendez... On avait parlé à la mairie de fonder un sanatorium du côté de Petitbois. M. le maire voudra bien hâter la réalisation de ce projet. On recueillera dans ce sanatorium nos petites malades. On y mettra des sœurs, d'une congrégation autorisée. Et vous serez tous satisfaits.
AsTRAUD. — Hé oui I Solution élégante.
Asscutiment général.
Lévy. — Mais il me semble que nous perdons de vue l'affaire des vieux quartiers; monsieur le maire, que pensez-vous du projet?
Fkrrier. — Je pense qu'il serait ruineux pour la ville.
Tous, protestant. — Oill
Sén.vrt. — Mais il s'agit de travaux d'un intérêt public...
De Riols. — Qu'on réclame à Salente depuis dix ans.
Vidal. — Qui apporteront l'air et la lumière au cœur de la ville,
Gerbier. — Il est certain que si nous avions l'assurance qu'on fera ces travaux, qu'on nous expropriera des immeubles que nous possédons....
Ferrier. — Vos anciennes écuries transformées en cités ouvrières.
Gerbier. — ... Qu'on nous allouera une indemnité raisonnable, alors, dame! certains de réaliser ainsi l'an prochain... un petit bénéfice, nous consentirions à donner à nos employés les augmentations qu'ils réclament. La grève serait terminée demain.
Ferrier, entre ses dents. — Évidemment ! C'est pour en arriver là qu'on l'a fait déclarer.
Gerbier, debout, très digne. — Monsieur le maire, vous croyez donc à tous les racontars qui circulent en ville à ce sujet. Oui, on nous accuse d'être les instigateurs de la grève. Mais j'espérais trouver ici moins de naïveté ou de mauvaise foi. Puisque je me trompais, monsieur le maire, puisque vous nous soupçonnez d'avoir fait un calcul misérable, je ne resterai pas plus longtemps chez vous : je me retire.
Tous. — Mais non. Vous êtes fou. Restez donc.
Séinart. — Voyons, Gerbier, ne soyez pas si chatouilleux. Tout ça, ce sont des mots!
AsTRAUD. — D'ailleurs, vous avez mal interprété les paroles de M. le maire. Il ne songeait pas à vous prêter des calculs malhonnêtes. N'est-ce pas, monsieur Ferrier?