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Scène VII

Des voix s'élèvent dans la rue près de l'église Un groupe de gens parait, entourant une femme, ardente, douloureuse.

Dante. — Qu'est ceci ?

Bernardino. — C'est Hélène de Souabe, avec ses frères !

Dante. — Ceux-là vous aideront à entraîner les autres !

(Hélène, après un regard à la tour, s'adressant à Enzio, l'aîné de ses frères.)

Hélène. — Elles g-ens qui les gardent ? Enzio, montrant le poste. — Sont ici.

Hélène. — Allons !

(Dante, respectueux, intervient.)

Dante. — Qu'espérez-vous, noble dame ?

Hélène. — One vous importe ?

Bernardino. — Madonna, vous parlez à des amis.

Enzio. — Bernardino ! Tu vas nous renseigner. Sais-tu qui commande le poste ?

Bernardino. — Ce doit être maintenantCorso, le neveu du cardinal Bertrand.

Hélène, cependant, est venue à la porte du corps de garde, où elle frappe instamment, sans cesse.)

HÉLÈNE. — Ouvrez ! vite ! Il faut que je vous parle ! Corso, de l'intérieur. Qui va là ?

Bf.rnardlno, à Enzio. — C'est lui. (A Dante.) Tous les vices en un seul homme !

Enzio. — Alors, il se laissera acheter ! Bernardino. — Il ne l'osera pas !

(La fenêtre est ouverte.) Corso, apparaissant. — Si c'est pour un rendez-vgus d'amour, demain, en quittant la g-arde !

(Mouvement. Il va refermer la fenêtre.)

Hélène. — Ecoutez-moi ! Au nom de votre mère !

Corso. — Penh ! ma mère !

(11 va disparaître.)

HÉLÈNE, ami voix. — Je vous ferai riche !

Corso, revenant à la fenêtre. — Voilà parler. A quelles conditions me ferez-vous riche ?

HÉLÈNE, bas. — Laissez évader vos prisonniers !

Corso. — Hein ?

HÉLÈNE. — A la nuit !

Corso. — Grand merci !

HÉLÈNE. — Attendez ! deux de vos prisonniers seulement.

254 THEATRE DEMILE MOREAU

Corso. — J'en réponds sur ma tête !

(Ce disant, il referme la fenêtre.)

Hélène, insiste. — Du moins, passez-leur du pain !

Corso, de l'intérieur. — Rien du tout !

Hélène. — Par pitié !

Corso, brutal. — La paix !

Dante. — Brute !

Hélène, continuant de frapper à la porte. — Messlre ! Je ne vous ai pas dit... (A travers ses larmes.) — C'est mon mari ! C'est mon enfant ! Messlre capitaine !

Dante, venant à elle. — A ous n'obtiendrez rien de cet homme.

Hélène. — Alors ?

Dante. — Laissez-nous faire !

Hélène. — Que ferez-vous ?

Dante. — Nous enfoncerons la porte.

Enzio. — Oui.

(Attirés par larrivée d'Hélène et de ses frères, puis par ses cris, des groupes sont survenus de tous les côtés, marchands, bourgeois, artisans^ soldats, femmes, gamins et fdles.)

Dante. — Et ces braves gens nous aideront ! Des Voix. — A sauver Ug'olin '' Plus souvent ! Hélène. — A sauver mon mari et mon fils ! (Corso sort du corps de garde, suivi de ses Catalans.)

Corso. — De ton mari et de ton fils je réponds comme des autres, et tu ne nous les arracheras pas.

Des Voix. — Bien dit !

Dante. — C'est ce que nous allons voir !

Corso. — C'est tout vu ! (A ses hommes.) Chargez-moi ces gens-là, et débarrassez-moi la place ! Allons ! hors d'ici !

Des Voix. — Et vivement 1 (Lutte, bousculade.)

Un Artisan. — Si on prévenait l'archevêque ?

Un Autre. — J'y vais.

(Il remonte la rue en courant. Cependant, assaillis à la fois par les Catalans et par la foule, Dante, Bernardino, Enzio et ses frères sont repousses, Hélène arrachée du seuil.)

HÉLÈNE. — Ah î misérables ! Défendez-moi, mes amis !

De.s Voix. — Ses amis !

Hélène. — Vous ! des femmes! vous m'entendrez ! mon fils, mon petit Nino est là!

Des Voix, ricanantes. — Pas possible.

Hélène, sanglottant. - Derrière cette grille ! Mourant de faim ! Comprenez-vous cela?

Des Voix, parodiant ses sanglots. — Comprenez-vous cela? derrière cette g-rille !

Dante, indigné. — Taisez-vous ! Malheureux que vous êtes ! et reg-ardez !

(Derrière la grille. Ugolin vient de paraître, livide, les cheveux hérissés, hagard, fou, terrifiant. Mouvement.)

Tous, à mi-voix. — Ug-olin !

Des Voix. — Quel visage !

(Ugolin tend vers la foule des mains suppliantes et gémit d'une voix de mourant.)

Ugolin. — Grâce ! pitié !

Hélène. — Cette voix !

Ugolin, défaillant. — Du pain ! pour eux !

Dante. — Vous l'entendez !

Hélène. — Sauvez-les !

Bernardino. — Ils sont assez punis !

Enzio. — Jetez-leur du pain !

Dante. — Faites-leur g-râce !

Hélène. — S'il en est encore temps !

La Foule. — Non ! non ! Ni grâce ni pain. Tu nous as fait jeûner? Jeûne à tour ! Mang-e tes poing-s ! En voilà, du pain ! tu n'en auras pas I

Dante, outré, sur les cris. — Bêtes féroces ! Opprobre de l'Italie !

La Foule, gruyaani. — Qu'esl-ce que c'est ? Grand vautour décharné 1

(Hélène revient aii-iiossous de lagriile où s"appuie Ugolin.)

Hélène. — Mais eux, père? Ils ne m'entendent donc plus ? Dites-leur de me répondre, que je m'assure qu'ils vivent ! (Sans une parole, Ugolin a disparu, un instant, puis reparait, soulevant, derrière la grille, un enfant penché sur son épaule, tête livide aux yeux clos. Hélène pousse un cri terrible./ Xino, mon Nino ! Mon enfant !

Elle tombe à terre, évanouie : ses frères s'empressent autour d'elle.;

Bernardlxo, bas. — Elle se meurt!

Dante. — Plaise à Dieu !

(En liaut de larue à gradins, un 'nomme accourt). L'Homme. — L'archevêque I

(Mouvement. La foule se range devant l'archevêque et des gens descendant la rue voûtée).

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