‹ ThéâtreChapitre 111 sur 148 · DANTE, CASELLA, GEMMA · texte numérisé non relu

DANTE, CASELLA, GEMMA

LA GOL'VERNANTE

Casella, saluant Gemma, pour l'empêcher d'entrer dans la maison. — Charmante cousine...

Gemma.— Ah! Casella! Vous n'avez pas vu Bernardino?

Gasella. — Si fait... tout à l'heure, ici même ! Gemma. — Il n'est pas venu à la procession. Casella. — Se peut-il?

Gemma. — Dites-lui que je suis très fâchée. Casella, riant. — Et que vous ne l'aimez plus ? Gemma, de mAme, gainient. — Oh non !

(Elle va pour entrer dans la maison.)

Casella. — Vous auriez tort. Il mérite qu'on l'aime. J'en prends à témoin (Montrant le moine.) quelqu'un qui le connaît bien.

Gemma, (Gemma s'arrête et s'adresse à Dante qui s'est approché. — Vous connaissez Bernardino ?

Dante, troublé. — Moi ? Bernardino? Oui, depuis long'temps... Je l'ai vu si vaillant... certain jour, à Pise !

Gemma, vivement. — Où il a défendu Dante...

Dante, de même. — Vous savez'?

Gemma, regardant Casella. — Par Casella, son ami et le mien.

Dante, très ému. — Dante n'est donc pas un inconnu pour vous ?

Gemma. — Ohl certes non ! Mon pèreEllore m'a appris à l'admirer.

Dante. — Le noble Ettore était en effet de mes amis... Je veux dire des amis de Dante et des miens ! Je vous ai vue chez lui jadis...

Gemma. — Chez mon père?

Dante. — A Sienne. Vous aviez sept ans à peine et vous étiez déjà très jolie, très ressemblante à votre mère.

Gemma. — Vous avez connu ma mère ?

Dante. — Oui.

Gemma. — Moi pas. Je venais à peine de naître quand elle est morte : est-ce vrai ce que mon père me disait, de sa ressemblance avec ma tante ?

(Dante, sans répondre, la regarde avec adoration.)

Casella. vivement. — Madonna Pia !

Dante. — Votre tante... Oui, oh oui... En voyant l'une, c'est comme si vous voyez l'autre.

Gemma. — Il paraît. Aussi je la reg-arde tant que j'ai d'yeux. Dans ma pensée, elles se confondent! si bien que, lorsque nous sommes seules, ma tante et moi, je l'appelle maman !

Dante. — Ah certes! Votre mère, c'est elle ! Par sa tendresse ! Le jour où je suis allé vous voir, je venais de sa part.

Gemma. — Je cherche dans mes souvenirs, je ne vous retrouve pas.

Dante. — Il y a plus de dix ans déjà.

Gemma. — Est-ce que vous étiez moine, alors ?

Dante. — Non.

Gemma. — Ah ! voilà !

Dante. — Je vous apportais son cadeau : une poupée.

Gemma, vivement. — Vêtue en maug-rabine. Oh oui, oui ! Je me rappelle la poupée.

Dante. — Tout de suite vous êtes allée la montrer à votre nourrice.

Gemma. — Sandra...

Dante. — Et, pour me dire adieu, vous haussant sur vos petits pieds, vous avez passé vos bras mig-nons autour de mon cou, en médisant : Embrassez-la |)our moi, cette tante chérie !.. Et vous me tendiez vos belles joues roses !...

Gemma, gênée. — J'étais petite alors !...

Dante, vivement. — Et je ne portais pas cette robe sacrée! Mais je n'en veux pas tant. Laissez-moi seulement serrer vos chères mains dans les miennes.

Gemma, lui tendant la main. — Oh! cela de g-rand cœur !

Dante, luttant contre son émotion et toujours prêt à se trahir. — Ah chère, chère enfant !... J'ai le droit de vous parler ainsi, croyez-le... Casella vous le dira... Mon âge, ma tendre affection pour Ettorc. . pour votre mère... que tout en vous me rappelle... Ah ! tellement ! Ces yeux limpi- I. 16.

des... Cette voix... Votre voix surtout... Tant de souvenirs à la fols... de ma jeunesse, de mes jours heureux... Et tant de peines à la suite... Pardonnez-moi ces larmes, mon enfant, les premières, depuis dix ans, que ne m'arrache pas la douleur I...

Gemma, affectueuse. — Vous êtes malheureux ?

Dante, vivement. — Oh ! non! Oh ! Dieu non ! Pas en ce moment!... Je suis très heureux au contraire... très... très heureux !

Casella, le voyant prêt à se trahir et à prendre la jeune fille dans ses bras, lui touche l'épaule. — Ami !

Dante. — Pardon, je m'oublie... Cette joie, que vous ne pouvez comprendre, vous étonne, vous trouble ! Pardon... Pardon !... Allez !... Chère et belle enfant ! Allez en paix...

Gemma. — Adieu, mon père !

Dante. — Au revoir, ma fille !...

(Gemma rentre chez Malatesta, suivie de sa gouvernante. La nuit est venue. La lune qui se lève commence à éclairer le faîte des maisons.)

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