Scène IV
Les même, UN VALET, puis GOP et LEROY
Le Valet. — Madame la duchesse?
Catherine. — Quoi qu'y a ?
Le Valet. — C'est M. Lerov, costumier de l'impératrice, et M. Cop...
Catherine. — Le cordonnier?... Bon ! (En allant à la dame d'atours.) Et l'autre andouille qui court après ! (Pendant que la dame d'atours sort.) Entrez ! (ils entrent, avec de grands saints.) C'est bon ! c'est bon ! assez d' torticolis ! ... (A Cop.) Les v'ià enfin, ces cothurnes !
Cop, un carton sous le bras. — Oui, madame la maréchale,
Catherine, à Leroy, — Et c't'amazone pour demain?
Leroy, montrant son commis qui porte deux grands cartons. La voici, madame la maréchale.
Catherine. — Alors, ça va bien.
La dame d"atours rentre, suivie d'une femme de chambre.
Leroy. — Madame la maréchale ne veut pas que nous passions dans son cabinet de toilette?
Catherine. — Nous sommes pas bien là?
Leroy. — Mon Dieu...
Catherine. — C'est plein d' paquets c' cabinet, et j 'serai ici ben pus à l'aise pour les grimaces que m'sieu Despréaux va m'apprendre.
Despkéaux, bas. — Grimaces !
Catherine, assise et qu'on déchausse. Tu m'as fait assez drog-uer, toi, pour c'te chaussure !
Cop. — Madame la duchesse m'excusera ; nous sommes débordés, avec ces fêtes en l'honneur du grand-duc de Wurtzbourg... Toutes ces dames veulent être servies à la fois. Ainsi, M""" la duchesse d'Otrante...
Catherine. — Ah ! Fouché est à Compiègne ?
Cop, en la chaussant. — A la g-i'ande surprise des per-
sonnes qui lecroyaient en disgrâce, depuis que l'empereur luia retiré le ministère de la police, pour le donner à M. le duc de Rovig-o.
Catherine. — Ah ! ben, s'ils 1' connaissaient comme moi, Fouché, y s'raient pas inquiets sur lui '.En v'ia un qui r'tombera toujours su' ses pattes. (A Cop.) Dis donc, toi, t' vlà déjà au mollet, tu comptes pas grimper plus haut?
Cop, se relevant. — Voilà qui est fait, madame la duchesse.
Catherine, debout. — Pourvu qu'ils fassent pas comme les derniers, que j' les avais pas plutôt mis, qu'ils ont crevé de rire à la couture !
Cop, gravement. — C'est que madame la duchesse aura marché avec.
Catherine. — C'te bêtise ! Faut que j'aille la tête en bas, comme un oig-non ?
Cop. — Je veux dire que madame la duchesse aura posé le pied sur le sol, au lieu de glisser sur le tapis, comme une déesse.
Catherine, raillant. — Que j' suis, pas vrai ? (La dame d'atours a déployé l'amazone. A Leroy.) J' peux ben essayer l'amazone avec ça ?
Leroy. — Sûrement, madame la duchesse.
Catherine. — Alors, je les g-arde ! (A Cop.) Allons, file, toi ! Et s'ils craquent, j' les paye pas, tu sais.
Cop. — Madame la maréchale !
Cop salue respectueusement et se retire.
Catherine. — Oh ! mais... j' les paye pas ! Elle enlève son peignoir^ et reste en camisole et jupon, bras nus.
MADAME SANS-GÈNb: 33