‹ ThéâtreChapitre 14 sur 148 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

Les mêmes, moins COP

Leroy, la dame d'atours et la femme de chambre lui passent l'amazone.

Leroy. — Je pense que madame la maréchale sera satisfaite. J'ai taillé l'amazone eAactement sur le patron accepté par l'impératrice. Et ce spencer sera mieux réussi que celui de Sa Majesté, que je n'ai pas eu la satisfaction de pouvoir essayer moi-même sur son buste.

Catherine, qui se débat dans le spencer. — A cause ?

Leroy. — L'empereur n'admet pas que l'essayag-e soit fait par d'autres que les dames d'atours.

Catherine. — En v'ià un jaloux qui ne veut pas qu'on voye sa femme en jupons ! Mais il est tellement féru d'elle !

Leroy, reculant pour admirer son œuvre. — Parfait ! La chute est harmonieuse, les lig-nes sont nobles.

Catherine, à qui la dame d'atours tend une casquette de chasse. — C'est pour s' coiffer, c'te tourte-là? Elle la met de travers sur sa tête.

Leroy, vivement. — Oh ! non, permettez !... Comme ceci. (11 la redresse, puis, après deux pas en arrière.) Voilà qui est on ne peut plus gracieux !

Catherine. — C qu'est ben e;-ênant, c'est c'te g-redine de queue.

Leroy. — Cependant, pour monter à cheval..,

Catherine. — J'y ai assez monté à cheval, etàpoil encore!,., et je m' passais ben de c' balayage-là ! (A Despréaux.) Hé ! m'sieu le marchand d'entrechats ! v'ià 1' moment d'essayer la révérence.

Despréaux. — A vos ordres, madame la duchesse. Voyons le salut. (Catherine fait la révérence.) Pas mal. Mais pas assez moelleux, onctueux !... Voyez-moi, je vous prie ;

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je fléchis... comme ceci... portant, gracieusement, sur la jambe g-auche mon arrière-train... et je plong-e !... avec souplesse... Voyez !... Plong-ez !... C'est ça... Encore... Piong-ez... Plongez!...

Catherine, qui manque de choir. — Ah ! mais non, non ! Avec vos plongeons, j' vas en faire un su' 1' dos.,.

Despheaux. — Mais non, c'est parfait !

(Catherine. — Et puis, c'est pas tout ça qui m' chiffonne, cest le manteau de cour, où j" vas m'emberlificoter les jambes.

Despréaux. — Si madame la maréchale veut essayer avec la traîne de l'amazone, c'est tout comme... et il suffît d'un petit coup de jarret, si simple, voyez ! Une, deux, trois... houp ! (Il donne un coup de pied comme pour chasser la queue et fait la révérence.) C'est d'un naturel !

Catherine. — C'te malice! sans jupe!...

Despréaux. — Daignez me donner la main, et faire, au sig-nal, le même geste que moi. Le pied gauche, s'il vous plaît.

Il prend la main de Catherine et marche avec elle, tournant et donnant 1<- coup de pied à chaque « houp ! ». ElleTimitede son mieux.

Catherine. — Ça y est !

Despreaux. — Non c'est le droit.

Catherine. — Ah ! c'est vrai !

Despréaux. — Une... deux... trois... pas d'émotion... le pied gauche, toujours... houp ! Une, deux, trois... houp ! Mais excellent! madame la duchesse! Il semble que vous n'avez fait que cela toute votre vie !

Les assistants ont une petite rumeur d'approbation.

Catherine, satisfaite. — Alors, vrai ? j'ai pas 1 air trop dinde ?... Faudrait m' le dire.

Despréaux. — J'en appelle à M. Leroy, à ces dames. Tous. — Oh ! non, non !

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Catherine. — Alors, enlevez-moi ça ?

Elle jette la casquette sur la table, et la femme de chambre commence à lui retirer l'amazone.

Despuéaux. — Madame la duchesse n'a pas d'autres conseils à me demander?

Catherine. — Non c'est tout. Merci, m'sieuDes[)réaux... Ben des choses à vot' femme.

Despréaux, saluant. — Madamela duchesse nous comble. 11 se retire.)

Leroy. — Madame la duchesse n'a pas d'observation sur sa toilette de gala ?

Catherine. — C'est bigrement nu tout d' même, c'te mode-là.

Leroy. — Madame la duchesse, il n'y a rien de tel que l'antique pour les femmes...

Catherine. — Qui n' le sont pas. Bonsoir, monsieur Leroy.

Leroy, qui salue et s'éloigne. — Madamela duchesse. . Le valet a reparu, qui précède Lefebvre.

Catherine. — Ah ! v'ià le maréchal ! (A la dame d'atours, en reposant son peignoir.) Portez ça chez moi...

La dame d'atours sort avec le chapeau, l'amazone, etc. Lefebvre entre. Le valet referme les portes.

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