‹ ThéâtreChapitre 130 sur 148 · L.\ Première Nonne. — Je ne l'ai traitée · texte numérisé non relu

L.\ Première Nonne. — Je ne l'ai traitée

L'Abbesse. — Silence ! vous n'êtes que des rebelles toutes les deux ! (A Gemma.) Et vous, la dernière arrivée, de quoi vous accusez-vous ?

Gemma. — Je n'ai pas à m'accuser devant vous. ( Stupeur fie toutes.)

L'Abbesse, sufToquée. — Vous dites ?

Gemma. — C'est vous que j'accuse !

(Rumeur de stupéfaction.)

L'Abbesse. — Vous osez?

Gemma, au milieu des chuchottements. — Que j'accuse devant Dieu de me retenir ici, où je suis malg-ré moi, pour je ne sais quel tort...

L'abbesse. — Vous le saurez.

Gemma. — Et quant à me consacrer à Dieu, je ne le veux ni ne le peux...

L'Abbesse. — En vérité ?

Gemma. — Ayant promis ma vie à un homme qui m'aime...

L'Abbesse. — Assez !

Gemma, s'exaltant. — Et que j'aime !

L'Abbesse. — Vous tairez-vous ?

Gemma, criant. — Que j'aime ! Que j'aime plus que jamais, car je le sais malheureux !

L'Abbesse, montrantl'autel. — Osez-vous, devant notre sainte patronne !...

Gemma. — Ni sainte Claire, ni vous, ni personne m'empêchera que j'appartienne à mon fiancé !

L'Abbesse, outrée. — Voilez cette imag-e, mes filles! (Deux religieuses font retomber les rideau.x.) Elle ne doit pas entendre de tels blasphèmes ! Et vous, créature impudique ! les explications que vous attendez, messire Nello vous les donnera demain. Quant à moi, je ne vous permettrai pas de scandaliser vos sœurs, et je vous condamne à rester, jusqu'à nouvel ordre, en cellule, au pain d'ang-oisse et à l'eau de douleur. Telle sera votre pénitence ! (A deux nonnes.) Emmenez la !

(Les deux nonnes la prennent par la main et l'entraînent vers la voûte de droite.)

Gemma. — Soit ! dans la cellule où l'on me conduit, vous n'emprisonnerez pas mon cœur.

L'Abbesse — Race de vipères !

(La tourière cependant ouvre la grille qui donne sur le cloître. A ce moment, on entend, au loin, un bruit de voix. Etonnement.l

L'Abbesse. — Quel est ce bruit ?

Une Nonne. — Cest à la porte d'entrée du couvent.

(Une cloche se met à tinter, secouée violemment, puis on entend heurter à grands coups une porte. Emotion.)

L'Abbesse. — Que signifie !

Gemma. — C'est lui qui vient me chercher ! L'Abbesse. — Il ne vous trouvera pas ! Emmenez-la donc !

(Les deux nonnes l'entraînent.)

Gemma. — Mon Bernardino bien-aimé !

(Elle disparaît. La tourière a refermé sur elle la grille. Par la porte de droite, Ostasio accourt, et lire sur lui le verrou.)

OsTASio. — C'est une troupe d'hommes en armes ! Les Nonnes. — Doux Jésus !

Ostasio. — Avec des torches...

L'Abbesse. — Des routiers ?

OsTASio. — Je ne crois pas.

(Il se penche au ju.las et regarde.)

L'Abbesse. — Eh bien ?

OsTASiO. — Je ne disfing-ue guère... (Aux nonnes qui chuchottent, elfarées.t Taisez-vous donc! (Ecoutant.) Celui qui parle-là?... c'est Bernardino !

L'Abbesse. — Le fiancé de Gemma !

OsTASio. — Oui, maisceg-rand, en capuce roug-e... (Dans un cri.l Dante !

L'Abbesse. — Ce réprouvé !

OsTASio. — Ils sont à la première porte. (La porte retentit de nouveau, heurtée rudement. Épouvante.)

Dante, à distance. — Ouvrez ! ou nous enfonçons la porte !

Les Nonnes, — Reine des Vierges !

L'Abbesse à la tourière. — Allez ouvrir ! Je vous l'ordonne ! (A Ostasio, qui a tiré le verrou pour lui livrer passage.) Cours prévenir Nello et lui demander du secours, vite ! (Ostasio s'élance par la porte de gauche.) Vous, avertissez le custode et dites aux jardiniers de sonner le tocsin !...

(Au moment où deux nonnes courent à la suite d'Ostasio, la porte de droite s'ouvre violemment.)

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