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Scène VII

Les mêmes, NEIPPERG, en costume de feld-maréchal autrichien.

Lefebvrk. — Entrez, entrez, mon cher Neipperg"!

Neipperg. — Mon cher maréchal !...

Catherine, lui tend la main. ~ Vous m'excusez ? Entre nous, y a pas d' cérémonies.

Neipperg, en lui baisant la main. — Je sais que je suis chez des amis, et des plus sincères, et c'est pour cela que je viens à cette heure, sans autre avis, vous faire mes adieux.

Catherine, à Lefebvre. — Vos adieux?

Neipperg. — Hélas, oui ! Je suis forcé de partir cesoir... dans un instant.

Lefebvre, à Catherine. — Forcé ?

Neipperg. — Forcé !... Et c'est une des grandes tristesses de mon départ que la perte de cette amitié, dont je m'étais fuit la douce habitude. Vous me faisiez une si larg-e place à votre foyer ! J'y étais, pour ainsi dire, en famille. Voici le moment dé nous séparer pour toujours.

Catherine. — Pour toujours ?

Neipperg. — Je ne reviendrai plus en France.

Catherine. — Est-ce possible ?

Lefebvre. — Et pourquoi ?

Neipperg. — M. le duc de Rovigo vient de me signiiier, de la part de l'empereur, l'ordre de quitter le château avant la nuit, de franchir la frontière par le plus court chemin, et, une fois hors de France, de ne plus y reparaître.

Catherine. — Mais pourquoi, enfin ? Pourquoi ?

Lefebvre. — Qu"a-t-il à vous reprocher, l'empereur ?

Neipperg, assis devant le guéridon avec Lefebvre et Sans- Gêne. — Eh ! mon Dieu ! mes torts sont tout entiers dans ma devise : « Fidèle ! » Depuis que je porte une épée, j'ai toujours été fidèle à mon nom et à mon pays, et, diplomate ou soldat, je n'aurai jamais connu que les amertumes de la défaite. J'étais en face de Bonaparte, au pont d'Arcole, où il a failli tomber entre nos mains. Le jour où a été discutée la paix de Campo-Formio, j'étais encore devant lui avec MM. de Cobontzel et de Saint-Julien, et, je lui ai tenu tête, jusqu'à me faire désavouer par mon gouvernement. Non content de cela, je me suis fait honneur d'être l'ami de l'infortuné ducd'Eng-hien. Et voilà ce que Napoléon ne me pardonne pas ! Il l'a bien fait voir, à plusieurs reprises. Le jour où fut décidé son mariage avec l'archiduchesse, on lui soumit la liste des officiers qui devaient suivre en France Marie-Louise. Il effaça mon nom, d'un trait déplume rag-eur et brutal comme un soufflet, et

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quand il m'a revu accompa2;-nant INI. de Metternich, il n'a pas caché son dépit du titre officiel qui me donnait accèsà la cour. Bref il me hait, et cette haine saisit avec empressement le prétexte que lui fournit sa police, en lui dénonçant certaine intrio'ue de cœur, que j'ai dans le palais.

Catherine. — Ah ! bon !...

Neipperg. — Et dont je n'ai rien dit, naturellement.

Lefebvre. — Ah ! mon cher comte, vous qui savez l'empereur si sévère sur ces questions-là !

Catherine. — Surtout depuis qu'il est remarié.

Lefebvre. — Jusqu'à exiler sa sœur Pauline, dont il ne lui a pas suffi d'envoyer le g-alanten Espagne, cet écervelé de Canouville !

Neipperg. — Je ne pensais pas que, pour une étrang-ère, dont le nom n'a même pas été prononcé...

Catherine. — S'il n' cherche qu'un prétexte!

Neipperg. — Encore faudrait-il que celui-là fût plausible !

Lefebvre. — Plausible ou non, mon cher comte, vous savez, hélas! que l'intervention même de M. de Metternich...

Neipperg, srf lève et tire un portefeuille. — Je ne l'ai pas sollicitée, et je suis bien résig-né à mon exil. Voici mon passeport, que je vous prie de viser, mon cher maréchal, puisque c'est vous, m'a-t-on dit, qui commandez aujourd'hui le Palais. (Il lui présente le papier.)

Lefebvre. — En effet.

Neipperg. — Mais tout de suite, je vous en prie ! Les minutes me sont comptées.

Lefebvre. — Je vais donc vous timbrer cela chez Ordener, et je reviens. i^Il sort.)

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