‹ ThéâtreChapitre 3 sur 148 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

TOINON, JULIE et LA ROUSSOTTE, apprenties de Catherine, repassent, sans entrain. Dans la rue, les Voisins et Voisines, Bourgeois, Boutiquiers, Gardes nationaux, montés sur les bornes et les marches, regardent du côté des Tuileries, vers la droite. Va et vient continuel, murmure de voix, exclamations... Au loin, à travers les coups de fusil et la canonnade, des tambours battent, de temps en temps, le rappel et la générale. Un coup de canon plus proche fait tressaillir tout le monde et provoque des cris.

Toi.NON. — Hem ! Eiitenclez-voiis ? C'est vers la rue d' l'Echelle, à c't" luiirc!

JuLu:. — Oh! qiiej'ui peur! Oh! que j'ai donc peur!

4 THKATRI-: D'É.MILE MOREAU

L\ RoussoTTE. — Pourvu qu'ils ne viennent pas se battre de notre côlé!

Julie, tombée à genoux et cramponnée à la table. — Oh ! là là ! Oh ! sainte Vierge !

ToiNON. — Rue Sainte-Anne? Pourquoi faire? Ils n'en veulent qu'aux Tuileries, pour fiche le roi à la porte !

Un Voisin, sur le seuil. — Sûrement!

Une Voisine, au milieu de la rue. — C'est au Carrousel, que j' vous dis !

Nouveau coup de canon.

La Roussotte. — Ils vont faire péter nos vitres!

Julie. — Ah ! je m'en rappellerai, du dix août !

Les curieux s'empressent dans la direction des Tuileries, avec des rumeurs de compassion.

ToiNON, allant à la femUre, — Ah! v'ià un blessé qu'on ramène chez lui !

La Roussotte, sur le seuil. — Un g-arde national ! (A Julie.) Viens donc voir !

Julie. — Plus souvent ! J' défaille pas assez comme ça?... Et not' pauv' patronne qu'est de c' côté-là!

Le Voisin, venu dans la boutique. — Vous pouviez donc pas l'en empêcher?

ToiNON. — Avec ça qu'elle en fait autrement qu'à sa tête !

La Roussotte. — Et qu'elle craint le danger !

ToiNON. — Tout le quartier l'appelle madame Sans-Gêne ; on pourrait aussi bien l'appeler madame Sans-Peur !

La Roussotte, du seuil. — Ah ! J'allons avoir des nouvelles!... V'ià notre pratique d'à côté! Le Nantais,

ToiNON. — M. Fouché?

La Roussotte. — Un enrag-é cont' le roi et l'Autrichienne, celui-là ! (Appelant de la porte.) Eh ! m'sieu Fouché! m'sieu Fouché !

Mathurin, de la rue. — M'sieu Fouché !

ToiNON, de la fenêtre. — Ah ! t'as pas besoin dcrier tant queça ! Il trotte à se décrocher les mollets I

La Roussotte. — Le v'ià !

MADAME SANS-GENK 5

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