‹ ThéâtreChapitre 4 sur 148 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

FOUCHE accourt par la droite, une valise et un parapluie à la main, et descend en scène, entouré des blanchisseuses et d'une partie des gens du dehors; tous parlent à la fois.

Tous.— Eh bien?

ToiNON. — Eh bien, M'sieu Fouché?

La Roussotte, — Vous on v'nez ?

Fouché, essoufflé. — Oui, oui, j'en viens!

Tous etToutes. — Que qu'y s'passe? Que qu'il y a? Queux nouvelles?

Fouché. — Oh! mauvaises !

Tous. — Oh !

Fouché. — Détestables! pour moi... pour vous, veux-je dire... Le tyran l'emporte! (AToinon.) Donnez-moi vite mon ling-e, blanchi ou non, que je le fourre dans mon sac !...

La Roussotte. — Vous vous sauvez ?

Fouché. — Fi donc ! Je pars vivement, voilà tout !

Julie, qui lui apporte son linge, — Pour Nantes?

Fouché. — D'abord...

ToiNON. — Mais, alors, c'est effrayant ! Quoi qu'y a?

Tous. — Oui! Quoi qu'y a ?

Fouché. — Il y a que, ce matin, à la première attaque, tout allait bien pour nous. Et, tout à l'heure encore, le Carrousel était aux patriotes.

Un Voisin. — Vous étiez avec eux?

Fouché. — De cœur ! Oh ! certes I En réalité, rue Saint- Honoré, aux écoutes. Tout à coup, ces g-redins de Suisses ont fait une telle décharge par les fenêtres du Palais que les assaillants, abandonnant leurs canons...

Tous. —Oh!

Fouché. — Se sont repliés! (A la Roussotte, qui lui donne un mouchoir.) Ce n'est pas à moi, ça... Se sont repliés, à la débandade, sur toutes les rues, et, naturellement, j'ai fait

comme eux! (A la Roussette.) C'est tout ? (Pendant que les assistants remontent, commentant la nouvelle et la colportant dans la rue.) La patronne n'est pas là ?

Julie. — Eh non!... Elle est là-bas!

FoucHÉ. — Là-bas?

ToiNON. — Oui ; on est venu lui dire, à c" matin, qu" des pratiques à nous, les Roquefeuille, faisaient leurs malles pour s'en sauver.

FouGHÉ. — Les lâches !... Et alors ?

ToiNON. — Alors, mam'selle, à qui plus d'un ci-devant a déjà fait le tour d' décaniller sans payer son dû, s'est dit: « Oh! mais non! pas de ça, Lisette! J' vas leur z'}-^ porter leur linçc et m' faire régler mon compte ! »

FoucHÉ, reprenant son parapluie. — Et ces Roquefeuille demeurent?

Julie. — Rue Saint-Nicaise !

FoucHÉ. — En pleine bataille.

La Roussotte, rie la porte. — Et elle ne revient pas!

Julie. — On va p't' être nous la ramener sur un brancard !

Deux coups de canon. Exclamations. Un tambour bat la charge.

ToiNON. — V'ià qu'ça repart!

FouCHÉ, prêt à sortir, s'arrête. — J'aime mieux ça!

Cris, dehors. — Sans-Gène ! Sans-Gêne ! V'ià Sans-Gêne! Toinon s'élance.

ToiNON ET LA. RoussoTTE. — La v'ià ! la vlà !

Julie. — La patronne ?

ToiNON ET LA Roussotte. — Oui, oui. la v'ià ! la v'ià!

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