Scène III
Le Mêmes, DÉMÉTRIUS, DERCETAS, sur le seuil.
Antoine, les apercevant avecjoie. — Démétrius ! Dercetas !.. (11 court à eux.) Eh ! chers amis ! soyez les bienvenus, et saluez la reine, qui vous pardonne de l'interrofnpre au moment où elle nous charmait.
Démétrius, saluant, avec Dercetas. — Qu'elle accepte nos excuses !
Antoine. — Par Polliix ! c'est le ciel qui vous amène ! Vous manquiez à ma joie !... mais d'abord (Aux esclaves.) des sièg-es ! et du vin ! Je ne saurais toutefois, amis, vous l'ofFrir trempé de neig^e, mais nous avons d'autres moyens de le rafraîchir ! Ah ! que je suis donc ravi devons voir ! ;A Démétrius, qui regarde les colonnes du palais.) Démétrius se demande où nous sommes ? Ceci, cher ami, est le palais antique des vieux rois ég-yptiens, dont les piliers racontent, paraît-il, les exploits d'un certain Rhamsès, qui fut le César ou l'Antoine de son temps. La reine lit cela couramment, mais pour moi c'est un vrai çrimoire! (On apporte le vin et les coupes.) Fort bien! voici le vin. Prenez place ! Tout à l'heure, pour votre bienvenue, nous irons chasser le lion, puis, après le bain, nous souperons sur les terrasses; la reine a des cuisiniers admirables...
Vous g-oilterez les plats du pays. Ils ont une façon d'accommoder le mouton, en le bourrant de fig'ues, de raisins secs et de pistaches ! Par ma foi, c'est excellent ! Allons, buvons ! Que je suis donc content de vous voir !...
Dé.métrils. — A ce lang-ag-e, je reconnais bien Marc- Antoine ! mais, à première vue, je t'aurais pris pour ce Rhamsès, dont tu parles !...
Antoine, riant. — Oh ! oui, ce costume ! Il faut bien accepter les modes du pays où l'on vit ; c'était l'opinion d'Alexandre, et je ne saurais mieux faire que de l'imiter. Mais vous ne buvez pas? Par Bacchus ! buvez donc! Cette montée du Nil a du vous altérer! Or ça, et demain? demain, que ferons-nous ? Notre intention, chers amis, est de remonter le cours du fleuve jusqu'aux cataractes, où mes esclaves ont trouvé des mines de turquoises !... Vous êtes des nôtres, cela va sans dire, et, tout le long- de la route, bercés mollement, vous respirerez l'oubli dans le calice du lotus, tant que plus rien ne vous tienne au cœur, que les délices de ce pays enchanté!
Démétrius. — Nous ne sommes pas ici pour oublier, mais pour te faire souvenir.
Antoine. — Et de quelles fadaises, justes dieux?
Dercetas. — Ne raille pas!
Démétrius. — Et écoute de jo;Taves nouvelles !
Antoine. — Oh! grand merci! Ni aujourd'hui, ni jamais ! Si vos nouvelles sont g-raves, g-ardez-les pour vous.
Démétrius. — Que tu le veuilles ou non, tu les entendras !
Antoine, sursautant. — Plaît-il?
Démétrius. — Eloig-ne ces bouffons, et Gléopâtre ! Ce que j'ai à te dire n'est pas pour lui plaire...
Antoine. — Par Hercule ! tu oses?
Cléopatre. — Que fais-tu ? Depuis quand s'en prend on du messag-e au messag-er ? Mets Démétrius à son aise, au contraire. Eloig-ne tout ce monde.
Antoine. — Mais...
Cléopatre. — Qu'on nous laisse !
(Iras, Charmiane, Képhren, les officiers égyptiens, les bouffons et les danseuses sortent.)