Scène V
CATHERINE, seule, puis NEIPPERG
Catherine, rabat le volet de la porte du fond, qu'elle ferme, tamlis que le tambour s'éloigne. — Je ne vois pas c' que j' ferais, toute seule ici ! (Des coups de feu retentissent, assez proches ) Si j' pouvai-s rattraper mon Lefebvre ! (Elle a piis son mantelet et fait un pas pour sortir par la porte de droite,
MADAME SANS-GKNE 17
quand celte porte s'ouvre devant Neipperg, qui entre, et la referme vivement, en homme poursuivi.) Eh bien, dites donc? N' vous g-ênez pas, vous !
Neipperg, prêtant l'oreille à la porte. — Au nom du ciel, ne criez pas, ou je suis perdu !
Cathekine. — Mais je crierai bien si j' veux ! V'ià des manières d'entrer comm' ça chez les g"ens !
Neipperg, qui défaille. — Par pitié ! Taisez-vous !... Ils ont perdu ma trace, et je me suis jeté au hasard dans cette cour. Je suis blessé !
Catherine, venant à lui. — Blessé ! Oh ! pauvre garçon !
Neipperg. — J'ai pu m'échapper des Tuileries !
Catherine, sursaute. — Ah ! vous êtes ?
Neipperg. — Le comte de Neipperg-, Autrichien.
Catherine, à distance. — Un royalisse !
Neipperg. — J'ai fait mon devoir en défendant la reine. 11 se laisse tomber dans le fauteuil.
Catherine. — L'Autrichienne ! (Elle sapaise et s'apitoie.) Après tout, j' peux pas vous blâmer d' ça. C'est votre payse, et puis, un blessé, c'est sacré ! N' craig-nez rien !
Neipperg. — Merci !
Catherine, court chercher du linge sur la table.- — C est grave, c'te blessure ?... Où ça ?
Neipperg, ouvre son gilet. — Là... Au côté.
Catherine, tout en préparant des bandes. — J' vasvouspanser !
Elle vient au fauteuil.
Neipperg. — Voyez si j'ai bien fait de me réfugier chez vous ! Ecoutez...
Des voix, des appels, au dehors.
Catherine. — C'est rien ! C'est des g-ensqui passent ! (Les voix s'arrêtent derrière la porte.) Ils s'arrêtent ! Des crosses sonnent sur le pavé Neipperg se lève. Lefebvre, en heurtant. — 'Eh ! Catherine! Catherine. — Lefebvre !
18 THEATRK D'EMILE MOHEAU
Lefebvre, aux voisins. — Est-ce qu'elle est sortie ? Des Voix. — Non ! non.
Sur le bruit, Neipperg s'est traîné, chancelant^ jusqu'à la chaise.
Catherine, lui montre l'escalier. — Là-haut ! vile !
Neipperg. — J'aurai trop de peine à g-ravir les inarches !
Catherine, qui le soutient. — Alors, ici... chez moi ! Ah ! mon Dieu I vite !
Lefebvrk. — Eh ! Catherine ! es-tu là ?
Des Voix. — Madame Sans-Gêne !
Catherine, haut, tout en aidant Neipperg à entrer lians sa chambre. — Oui ! oui ! on y va ! (Rumeurs de satisfaction. En passant le linge à Neipperg). Tâchez d' vous panser tout seul ; j' viendrai 1' pus tôt possible. Et n' bougez pas, ou vous êtes mort !
Elle referme la porte à clef et met la clef dans la poche de son tablier.
Lefebvre, ébranlant la porte. — Allons donc! lambine! Catherine, court au fond. — Mais on y va, j' te dis ! Donne-moi 1' temps ! J'étais au g'renier ! (Elle ouvre).