Scène V
Les mêmes, OCTAVE, THYRSEUS, OFFICIERS D'OC- TAVE, KÉPHREN, caché.
(Octave parait sur le seuil, au fond^ accompagné de Thyrseus. Derrière lui, groupe d'officiers romains. Iras le précède, lui indiquant le chemin.)
Octave, après avoir dépassé le seuil d'un seul pas, à Iras. — C'est ici, dis-tu, qu'est la reine d'Egypte? (Iras désigne Cléopatre, immobile, debout.)
Thyrseus. — Oui, maître, voici Cléopatre! (Octave descend, lentement.)
Octave, àmi-voix^ à Thyrseus. — Elle est vraiment belle!
Thyrseus, de même. — Prends g-arde !
Octave, souriant. — Ron ! Je ne suis ni César, ni Marc- Antoine. (A Cléopatre, toujours immobile.) Reine! car tu l'es encore...
ClÉopatre, à elle-même. — Hypocrite !
Octave. — Cette femme m'a fait craindre que, par désespoir et par effroi, tu n'attentes à ta vie; je suis là pour t'assurer que, de mol personnellement, tu n'as rien à craindre.
ClÉopatre. — Alors, César, daigne me donner un premier témoig-nag-e de ta bonté, en ne me forçant pas à roug-ir devant ces hommes, trop heureux de contempler l'humiliation d'une reine, et consens à me parler ici... seul à seule... situ n'as pas, comme d'autres, la peur de Cléopâtre !
(Octave consulte du regard Thyrseus.)
Thyrseus, bas. — Aucun dang-er!
Octave. — Soit! (A ses officiers.) Laissez-nous ! (Se reprenant.) Mais ne vous éloig-nez pas... (A Thyrseus, bas.) Toi, cependant, achève !... Tu connais le palais?...
Thyrseus, de même. — Comme Antoine lui-même.
Octave, de même. — Va, tandis que je l'amuse ici de belles paroles.
Thyrseus, de même. — Vivant, lui aussi ?
Octave, de même. — Ou mort !
Thyrseus. — Plutôt !
(Il sort par le fond, et on le voit s'éloigner par la droite avec un groupe d'hommes armés. Avant do sortir, les officiers sont remontés et on les aperçoit au fond sur la terrasse, tantôt groupés, tantôt allant et venant, deux par deux et causant. Pendant le dialogue qui précède, Cléopâtre a parlé à Charmiane et à Iras, qui lui préparent et avancent le siège a droite de la table, puis remontent, au fond, où elles se postent nonchalamment de chaque côté de la porte, immobiles pendant tout ce qui suit, et ne perdant pas de vue leur maîtresse.)