‹ ThéâtreChapitre 15 sur 151 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LAI RENT, GRIVET, MlCHAUD, MADAME RAQUIN

MlCHAUD. — Avez-vous observé Thérèse, tout à l'heure? Elle baissait la tête, elle était trèspâle.

Madame Raquin, — Je l'étudié chaque jour, ses yeux se cernent, ses mains sont agitées de tremblements fébriles.

Laurent. — Oui, elle aaux jouescette flamme rose des poitrinaires.

Madame li aouin. — \'ous m'avez fait remarquer CCS s\ rii]i|niiic.s alarmants, mon cher Laurent, et inainl(Miant je les vois qui grandissent... Aucune douleur ne me sera donc épargnée 1

MlCHAUD. — Bah I vous vous inquiétez à tort. C'est nerveux. Elle se remettra.

Laurent. — Non, elle est frappée au cœur. Il y a comme un adieu dans ses longs silences, dans ses sourires pâles... Ce sera une lente agonie.

Grivet. — Vous n'êtes guère consolant, mon cher. On devrait l'égayer, cette bonne Thérèse, au lieu de la promener dans des idées funèbres.

Madame Raquin (1). — Hélas I mon ami.

Laurent dit vrai, la blessure est au cœur. Et elle ne veut pas être consolée. Chaque fois que j'essaie de lui faire entendre raison, elle est prise d'impatience, de colère même. Elle se réfugie dans sa douleur comme un animal blessé.

Laurent. — 11 faut nous résJTner.

Madame Raquin. — Ce sera le dernier coup... Je n'ai plus qu'elle, je comptais sur elle pour me fermer les yeux. Si elle s'en allait, je resterais seule au fond de cette boutique, je mourrais dans un coin... Ah ! tenez 1 je suis bien malheureuse, je ne sais quel vent de malheur est entré chez nous. {Elle pleure.)

Grivet, timidement. — Alors, on ne joue plus?

MlCHAUD. — Attendez donc, fichtre !... {// .?elève.) Voyons, je veux chercher un remède. A l'âge de Thérèse, que diable 1 on n'est pas inconsolable... A-t-elle beaucoup pleuré, après l'affreuse catastrophe de Saint-Oiien?

Madame Raquin. — Non, elle [deure très difficilement... Elle avait une douleur sourde, un accablement d'esprit et de corps, comme lors-

Su'on a beaucoup marché. Elle semblait étourie... Elle était devenue très peureuse.

Laurent, tressaillant. — Très peureuse !

.Madame Raquin. — Oui... L'ne nuit, je l'entendis pousser des cris étoulTés, j'accourus... Elle ne me reconnaissait pas, elle balbutiait...

Laurent. — Quelque cauchemar... Et elle parlait? que disait-elle?

.Madame Raquin. — Je n'ai pu comprendre. Elle appelait Camille... Le soir, elle n'ose plus mouler ici sans lumière. Le matin, elle est toute lasse, elle se traîne, elle a des gestes fatigués, des

(1) Laurent, Grlvel, madame Raquin, MIchaud.

THÉRÈSE RAQL'IX

regards vides qui me navrent... Je sais bien qu'elle s'en va, qu'elle veut rejoindre mon pauvre enfant.

MicHArD. — Eh bien 1 chère dame, ma petite enquête est faite, je vous dirai tout net ce que je pense... Mais d'abord, qu'on nous laisse.

Laurext. — Vous voulez rester seul avec madame Raquin?

MlCHAUD. — Oui.

Grivet, se teiaiii. — Bien, nous vous laissons. (Revenanl.) Vous savez que vous m'en devez deux, monsieur Michaud... Vous m'appellerez. Je suis à vos ordres. (Laurent et Grivet sorteni par la porte du fond. )

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