L.AUBENT. — Horriblement
Thérèse. — Il avait les yeux ouverts, et il le regardait, n'est-ce pas?
L.ivBEST. — Oui... Il était atroce, bleui et gonflé par l'eau. El il riait, le coin de la bouche tordu.
Thérèse. — 11 riait, tu crois... Dis-moi, dis- Mii'j tout, dis-moi comment il était... Dans mes nuits d'insomnie, je ne l'ai jamais vu nettement, cl j'ai une rage, une rage de le voir.
I.AIRENT, d'une VOIX terrible, secouant Thérfrc. — Tais-loi 1 réveille-toi !... Nous nous endormons tous les deux. Di- (|uoi me parles-tu? Et si j'ai répondu, j'ai menti. Je n'ai rien vu, rien, rii'ii... Quel jeu imbécile jouons-nous donc là, non-, autres !
Thèbèse. — Ah : je sentais que les moLs monteraient malgré nous à nos lèvres. Tout n<ius a rameni-s à lui. les abricoli.i-s en lleurs.les giiignetles du bord de l'eau, les bières mesquines qui passent... Va. il n'est plus pour nous de causerie indilTérenle; H est au bout de toutes nos pensées.
LIVRENT. — Embrasse-moi.
Thérèse. — J'entendais bien que tu ne me parlais que de lui et que je ne te répondais que sur lui. Ce n'est pas notre faute, si l'affreux récit s'est déroulé en nous, et si nous l'avons achevé à voix haute.
Laurent, cherchant à la prendre dans ses bras. — Embrasse-moi, Thérèse. Nos baisers nous guériront. Nous nous sommes mariés pour nous calmeraux bras l'un de l'autre... Embrassemoi, et oublions, chère femme.
Thérèse, le repoussant. — Ne me tourmente pas, je t'en supplie. Un moment encore... Rassure-moi, sois bon et gai comme autrefois. (Un silence. Laurent fait quelques pas; puis il sort vivement par la porte du fond comme pris d'une idée subite.)
SCK.N'E IV
THÉRÈSE, seule.
Il me laisse seule... Ne me quitte pas, Laurent, je suis à toi... Il n'est plus là, et me voilà seule, maintenant... La lampe baisse, je crois. Si elle allait s'éteindre, si j'allais rester dans le noir... Je ne veux pas être seule, je ne veux pas qu'il fasse nuit... Aussi pourquoi lui ai-je refusé ce baiser? Je ne sais ce que j'avais, mes lèvres étaient froides comme de la glace, et il me semblait que ce baiser me tuerait... Où peut-il s'en être allé?... (On frappe à la petite porte.) Grand Dieu ! voilà l'autre qui revient, à présent ! qui revient pour ma nuit de noces ! L'avez-vous entendu? 11 frappe contre le bois de lit, il m'appelle sur l'oreiller... Va-t'en, j'ai peur... (Elle reste frissonnante, les mains sur les yeux. On frappe de nouveau, et peu à peu elle se calme, elle sourit.) Non, ce n'est pas l'autre, c'est mon cher amour, c'est mon cher passé... Merci pour ta bonne pensée, Laurent. Je reconnais ton appel. (Elle va ouvrir, Laurent entre.)