L.*i'RENT. — Et voilà qu'un frisson l'anime, maintenant
Thérkse. — Elle va parler, je t'assure qu'elle Ta parler.
Lavrent. — Je saurai l'en empêcher. (// va silancer sur madame Raquin, lorsque celle-ci se met lentement debout. Il recule, il passe à droite, m tournant sur lui-mfme.)
Madame Raqvik (1), debout, d'une voix basse ft profonde. — Assassin de l'enfant, ose donc frapper la mère !
Thérèse. — Oh 1 grâce ! ne nous livrez pas à la justice !
ilADAME Raquis. — Vous Hvrcr ! non, non... J'ai eu l'idée de le faire, tout à l'heure, lorsque mes forces me sont revenues. Je commençais à
;U TliiTLSC, madame Raquin, Laurent.
écrire, sur cette table, votre acte d'accusation; mais je me suis arrêtée, j'ai pensé que la justice humaine serait trop prompte. Et je veux assister à votre lente expiation, ici, dans cette chambre, oii vous m'avez pris tout mon bonheur.
Thérèse, sanglolatit, se jetant aux pieds de madame Raquin. — Pardonnez-moi... Les larmes m'étouffent... Je suis une misérable... Si vous vouliez lever votre talon, je vous livrerais ma tête, là, sur le carreau, pour que vous l'écrasiez.... Pitié, ayez pitié !
Madame Raquix, s' appuyant à la table, haussant peu à peu la voix. — De la pitié ! en avezvous eu pour ce pauvre enfant que j'adorais?... Ne m'en demandez pas pour vous; je n'ai plus de pitié, car vous m'avez arraché le cœur... {Laurent tombe à genoux, à droite.) Non, je ne vous sauverai pas de vous-mêmes. Je laisserai les remords vous heurter l'un contre l'autre comme des bêtes affolées... Non, je ne vous livrerai pas à la justice. Vous êtes à moi, à moi seule, et je vous garde.
Thérèse. — L'impunité est trop lourde... Nous nous jugeons et nous nous condamnons. {Elle ramasse le flacon d'acide prussique boit avidement et tombe foudroyce, aux pieds mém^s de madame Raquin. Laurent, qui lui a arraché le flacon, boit à son tour, et va tomber à droite, derrière la table à ouvrage et les chaises.)
M.\DAME Raquix, se rasseyant lentement. — Ils sont morts bien vite !
FIN DE THÉRÈSE RAQUIN
LES HÉIIITIEIIS RABOURDIN