SCÈNE IV
MADAME'PIQUET, MADAME VAUSSARD, MOURGUE
MocRGUE, toujours assis sur le canapé. Usant .^on journal. — jTions, l'ottoman est en baisse d'un franc.
(1) Chapuzot, mailamc Fiquct, madame Vaussard, .Mourgue.
(2) Chapuzot, Ledoux, madame Fiquct, Eugénie, madame Vaussard, Mourgue.
LES HÉRITIERS RABOURDIN
Madajie Fiqtjet. — Je crois que notre oncle a de l'argent dans ces fonds-là.
Madame Vaussard. — Monsieur Chapuzot, savez-vous si notre oncle a de l'ottoman?
Chapuzot. — Oui, il doit en avoir... (Il se lève et prend le milieu ) Raljourdin n'a jamais eu de flair pour ses placements. Il n'est pas fort. {Les dnix femmes se sont le\>ées, prises d'inquiétude.)
Madame Vattssabd (1). — Il a fait une jolie fortune, pourtant.
Chapuzot. — Sans doute, je ne dis pas.
Madame Vaussard. — Une des belles fortunes de Senlis.
CnAPUzoT. — Oui, oui.
Madame Ftquet. — Pourquoi branlez-vous la tète? Expliquez-vous? Alors, il est riiiné?
Chapuzot. — Eh ! non; il n'est pas fort, voilà tout ! Je dis qu'il n'est pas fort !... Quand nous étions associés, ça me faisait hau.sser les épaules. La maison aurait été propre sans moi. Pas deux sous d'affaires. J'ai tout gagné. Allez, Rabourdin me doit un beau cierge... (// remonte et passe à gauche.) Tenez, c'est comme cette caisse. Eh bien '. elle n'est pas à sa place, il ne l'a gardée et mise là que pour me vexer.
BIadame Vaussard, s'approchant. — Elle est respectable, cette caisse.
Madame Fiquet, examinant la serrure. — Un bon système.
Madame Vaussard. riant. — Que peut-il y avoir là-dedans?... Tout en. pièces de cent sous, je parie. {Elle remonte et va s'asseoir sur le Jauteuil.)
Madame Fiquet. — Bah ! notre oncle a raison d'aimer l'argent, et la caisse est bien là. {Elle lui donne de petites tapes.) C'est une bonne caisse, une caisse heureuse, une caisse fidèle.
Chapuzot, qui est resté au fond, ricanant, marchant à petits pas. — Pour le plaisir que Rabourdin tirera de son argent maintenant... N'est-ce pas, docteur?
MouBGTJE, sans lever les yeux de son journal. — Certes.
Madame Fiqdet. — Je craignais quelque perte qui l'aurait affecté... {Elle vient fouiller dans son panier, y prend un petit paquet, puis se dirige vers la cuisine.) Ah '. j'oubliais, j'ai apporté pour lui une semoule digestive. Je vais lui en préparer un potage. Elle est très rafraîchissante et d'un goût exquis... {Sur le seuil de la porte, se retournant.) Vous devriez en manger une assiettée chaque matin, ma coiLsine, vous qui tenez à avoir le teint claii'.
SCÈXE V
CHAPUZOT, MADAME VAUSSARD, MOURGUE
yi.i.ojLilt:\ AVSSAUD. se levanlbrnsquement et regardanisortir madame Fiquet. — L'intrigante !... Elle finira par laver la vaisselle, ici !
Chapuzot, touiours dans le fond, furetant. — Eh : eh !
Madame VaussARD, passant à droite. — Elle
(1) Madame Fiquet, Chapuzot, madame Vaussard, îiourgue
étoufferait notre oncle, si elle pouvait, avec sa semoule. D'ailleurs, le laitage ne vaut rien pour les vieillards. N'est-ce pas, docteur?
MouRGDE, /jsant toujours le journal. — Certainement.
Madame Vaussard, revenant à gauche. — Une femme de rien, qui vil d'on ne sait quoi 1 Toujours en robe fripée; pas peignée, à peine débarbouillée.
Ch.\puzot (1), qui est descendu près de la table, à droite. — Cette brave dame, elle a un panier inépuisable. {Soulevant le panier.) Diable ! il n'est pas léger. {Fouillant dans le panier.) Des pots de pommade, des protêts, des billets échus, des échantillons de vins...
Madame Vaussard, fouillant à son tour. — Des pliotogTaphies, un prospectus de dentiste, un paquet de \aeilles dentelles, des lettres ficelées avec ime faveur rose, une adresse de sagefemme, un bracelet en or...
Chapuzot, continuant. — • Et le spécimen du corset en caoutchouc dont elle parle depuis huit jour.s... Elle peut ouvrir un baz.îr. {Il passe à gauche.)
Madame Vaussard (2). — C'est une honte 1 Si l'on voulait parler. (.1 Chapuzot.) Enfin, c'est elle qui a fâché le percepteur avec sa femme. (-•1 Mourgue.) C'est encore elle qui a marié cette pauvre mademoiselle Reverchon avec ce brutal île pharmacien. qu'elle a été obligée de quitter il y a huit jours. (Entrent Chapuzotet Mourgue. ) Elle bouleverserait Senlis, si on la laissait faire... Il n'est pas possible que notre oncle avantage cette malheureuse, malgré la bassesse de ses cajoleries.
Chapuzot. — Moi, je crois, au contraire, qu'il lui laissera tout... Elle compte bien là-dessus pour marier sa fille. La petite est très recherchée.
Madame Vaussard. — Allons donc 1 jamais notre oncle ne sera assez fou... N'est-ce pas, docteur?
Mouroue, lisant toujours le journal. — Sans doute. {Chapuzot retourne en ricanant s'asseoir sur la chaise, à gauche.)
Madame Vadssard. — Ah 1 tout le monae n'est pas comme moi ! Je suis bien trop flère. Je liens mon rang. Ce n'est pas moi qu'on verra 'jamais à genoux. J'aimerais mieux ne pas avoir le moindre souvenir de mon oncle, que de m'abaisser à un de ces petits services intéressés qui dégi'adent la main qui les rend.
Madame Fiquet, rentrant et prenant une assiette dans le buffet. — Maintenant, je vais cueillir des fraises.
Madame Vaussard, montant brusquement et lui arrachant l'assiette. — Laissez ! je vais les cueillir, les fraises ! (Elle sort par le fond.)