‹ ThéâtreChapitre 34 sur 151 · CHAPUZOT, MADAME FIQUET, MOURGUE · texte numérisé non relu

CHAPUZOT, MADAME FIQUET, MOURGUE

Madame Fiquet, stupéfaite, suivant des yeux madame Vaussard. — Hein ! Que lui prend-il?... Je les cueille aussi bien qu'elle, les fraises I... L'intrigante ! {Elle descend.) ;^ ^

(1) Madame Vaussard, Chapuzot, Mourgue.

(2) Chapuzot, madame Vaussard, Mourg-uc.

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(Ihatvzot, ricanani. — Dame ! elle se rend

JIadame Fichet. — l.'nc femme comme il faut qui en fait voir de toutes les couleurs à son grand innocent de mari !... La belle madame Vaussard ! Elle a trente-cinq ans, et elle est mûre comme une poire tombée. .

Cn.\PtrzoT, se levant et venant à elle. — Non, soyez juste, elle est encore très bien et faite pour donner beaucoup d'agrément à un homme.

Madame Fiqtjet. — A un homme ! Dites donc à une ville entière. C'est connu. Elle a des jeunes gens dans toutes ses armoires... Je vousdis qu'elle porte des faux cheveux et qu'elle se peint la figure !... N'est-ce pas, docteur, qu'elle se peint la figure.

MouBODE, lisant toujours le journal. — Oui, oui, elle se peint la figure.

Madame Fiqtjet. — Et vous lui indiquez des huiles et des onguents?

MorRGUE. — Parfaitement, des huiles, des onguents.

Madame Fiquet. — D'ailleurs, avec des toilettes comme elle en porte, on a toujours l'air de quelque chose. Elles lui coûtent bon, ses toilettes... Tant mieux ! tant mieux ! Nous verrons sur quoi la belle madame Vaussard finira... Ah I madame donne des dîners, mange aussi bien que le sous-préfet, promène chaque semaine une robe neuve, offre du thé aux jolis jeunes gens ! C'est parfait ! Elle n'aura pas toujours du pain à manger.

CuArrzoT. — A moins que Rabourdin ne lui laisse sa fortune.

.Madame Fiquet. — Vous voulez rire !

CnAPrzoT. — Damel Ses créanciers patientent. Elle a du crédit. Il lui suffit de parler de son oncle pour trouver des prêteurs.

Madame Fiquet. — C'est cela, de l'escroquerie pure !... Elle a je ne sais quels tripotages avec cet usurier d'Isaac, ce brocanteur qui prête à la petite semaine, et qui bat la contrée pour acheter toutes les vieilleries... Allez, allez, la belle madame Vaussard ne m'inquiète guère.

Chapuzot. — Comme vous voudrez... Du moment que vous ne voulez pas voir clair.

Madame Fiquet. — Vous savez donc quelque chose?

Chapuzot. — Eh ! vous ne devinez pas qu'elle veut empêcher le mariage de votre fille avec M. I.edoux... Elle était au mieux avec M. Ledoux, l'hiver dernier. Elle le nourrissait de petits fours, dans son cabinet de toilette.

Madame Fiquet. — Si cela était vrai !

Chapuzot, remontant. — Tellement vrai, qu'elle est là-bas, en train de cueillir des fraises avec le jeune homme.

Madame Fiquet, remontant. — Merci, monsieur Chapuzot. Prendre M. Ledoux à""ma pauvre Minette !... (Regardant dans lejardin.)iQ crois qu'elle lui fait embra.ssersa main. Attendez, je vais les guetter par la fenêtre de la cuisine. (Elle sort vivement par la droite.)

SCÈ.N'I' VFI

CHAPUZOT, MOURGUE

MouROUE, à Chapuzot qui rit en se rasseyant sur la chaise, à gauche. — Vous finirez par les

faire prendre aux cheveux. (H plie son journal et se lève.)

Chapuzot. — Tiens 1 ça m'amuse... Elles sont drôles, quand elles sont en colère. Il faut bien rire un peu.

MouBouE. — En somme, laquelle des deux héritera, selon vous?

Chapuzot, se levant. — Laquelle des deux?... Ni l'une ni l'autre donc I Comment 1 vous êtes encore à croire que Rabourdin laissera son argent à ces deux commères 1 II est bien bête, mais pas à ce point-là.

MouRGUE. — Elles sont ses nièces.

Chapuzot. — Une grosse femme qui a des appétitsd'ogresse, qui de viendrait insupportable de prétentions, si elle avait de l'argent dans sa poche I

MouRGUE. — Elle est sa nièce.

Chapuzot. — Une vieille suspecte qui promène dans son panier toutes les affaires véreuses de Soiilis, qui engloutirait dix fortunes, sans qu'on eulendîl seulement tomber un écu 1

MouBGUE. — Elle est sa nièce, que diable 1

Chapuzot, exaspéra, passant à droite. — Sa nièce I sa nièce ! qu'est-ce que ça l'ait? Est-ce qu'on laisse son bien à des nièces !...(finifssan/ la voix.) A quoi bon des nièces, quand Rabourdin a autour de lui des amis dévoués, des amis de cœur, qui ne manquent pas. un jour de lui tenir compagnie?

MovnavE.confidenliellenienl. — Vous comptez alors que notre pauvre Rabourdin...? ii£:

Chapuzot. — C'est une affaire convenue depuis longtemps. Pensez donc ! il y a quarante uns que nous nous connaisssons... J'aurai la maison... Je pense m'installer à l'automne. (// est pris d'un acci's de toux qui le renverse sur le canapé.)

MouhouE, ù part. — Oui, à la chute des feuilles... (Haut.) Soignez ça, entendez-vous. Ça vous jouera quelque mauvais tour.

Chapuzot, furieux, se relevant. — Laissez donc ! une simple démangeaison.^!

MouRGUE, baissant la voix. — Ecoutez, entre nous, je dois vous prévenir que madame Fiquet a une promesse de son oncle.

Chapuzot. — Une promesse?... Ce Rabourdin promet donc à tout le monde?

MouROUE. — Dame ! il se fait dorloter, c'est son droit. La maison sera au plus tendre, au'plus aimant... Soyez tendre,, Chapuzot.

Chapuzot. — Vous vous moquez ! Je n'irai pas tourner un potage, ni cueillir des fraises, peut-être 1 Ah 1 non, docteur, j'ai plus de dignité que cela... (Changeant peu à peu de ton.) La vérité est que je n'ai jamais pu voir souffrir personne. Rabourdin serait déjà mort sans moi. Voyez, la table n'est seulement pas mise ! Il manque le sel, le poivre, le pain, la serviette... (// enlève le panier de madame Fiquet et achève de mettre la table.)

MouROUB, à part, riant. — Ils sont tous grotesques, ma parole d'honneur 1... (// s'assied sur la chaise à gauche.) Moi, je ne bouge pas. J'ai une promesse formelle de Rabourdin. Ce n'est pas moi que l'on surprendra à quelque vilenie. (// aperçoit Charlotte qui ."si entrée et qui est alUe prendre un des coussins du canapé; Use lève et le lui ffrrache des mains.) Donnez, ceci est l'affaire du médecin. Vous le mettez toujours trop

LES HÉRITIERS RABOURDIN

bas. {Il arrange le coussin dans le fauteuil.) Là, un ^Tai dodo. {A ce moment, Rahourdin parait à la porte de gauche, voûté, cassé, l'air agonisant. Mourgue donne de petites tapes sur le coussin. Chapiizot coupe du pain. Les autres personnages se présentent de la façon suivante : madame Friquel, à droite, avec un potage, madame Vaussard, au fond, avec une assiette de fraises; Eugénie et Ledoux également au fond, avec des bouquets.)

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