‹ ThéâtreChapitre 39 sur 151 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

-MADAME VAUSSARD, RABOURDIN, MA- DAME FIQUET, ISAAC, CHAPUZOT, DO.AIINIQUE.

RABOURDlNi pendant que madame Fiquet lui enlève sa serviette du cou. — • Eh ! c'est cet excellent uionsieKr Isaac '. Ça ne va pas, ça ne va pas, mon pauvre monsieur Isaac... Vous êtes fort comme un Turc, vous !

Isaac. — ^'ous êtes bien bon. Je ne me porte pas mal. Je venais pour une petite note.

Rabourdin. — Une petite note...

Isaac. — Un ancien compte, deux cent soixante-douze fi-ancs, pour une armoire...

RABOFRDiif. — Quoi ! l'armoire ne vous a pas encore été payée? Vraiment, si vous ne me connaissiez pas...

Isaac. — Oh ! je n'étais pas en peine, monsieur Rahourdin. On .sait ce qu'on sait. Je voudrais que vous me dussiez cent fois davantage. {// lui remet la note.)

Rabotjrdix. — Deux cent soixante-douze francs... {Il se lève. Madame Vaussard est montée s' asseoir devantle guéridon, où elle feuillette un album; madame Fiquet achève de desservir la table. Chapuzot cause avec Dominique.) Je ne sais pas si je vais avoir de la monnaie... {Il fouille dans ses poches en se dirigeant vers la caisse.) Je suis pourtant bien sûr d'avoir pris la clef de la caisse sous mon oreiller. {Se fâchant.) Aussi c'est cette écerveléo de Charlotte ! On ne retrouve rien dans la maison... {Appelant.) Charlotte ! Charlotte !

JIadame FiQtîET, s' approchant, allongeant la main pour lâter la poche du, gilet. — La clef est peut-être dans votre gilet.

Rabourdin, fermant étroitement sa robe de chambre. — Ah 1 non, non, je me souviens... Elle sera tombée hier de ma poche. Et j'ai une peur : on l'aura balayée et jetée- à la rue... {Appelant.) Charlotte ! Charlotte ! {Se fouillant de nouveau.) !\Ion Dieu, mon Dieu, que- c'est, contrariant !... {A Isaac.) Vous n'êtes pas pressé? Autrement je vous aurais envoyé ça cet aprèsmidi.

Isaac. — J'ai le temps. {Les héritiers, flairant un emprunt, tournent tous le dos à Rabourdin. Madame Fiquet, qui a porté la table derrière le canapé, est remontée devant le buffet. Madame Vaussard met les bouquets dans des va-ies, sur le poêle. Chapuzot cause toitfours avec Dominique, côte à côte, sur le canapé.)

Rabourdin (1). — Tant mieux! tant mieux!...

(l) Madame Vaussard, Rabourdin, Isaac, madame Fiquet, Chapuzot, Dominique.

Quand on no trouve pas, vous savez, on perd la tête. {Péflichissant.) Pas le moindre souvenir. Tout se brouille. Va te faire lanlaire !... Chapuzot?

CiiAPUZOT, se lournant à regret. — Quoi, mon ami?

Rabockdin — Vous n'aurier pas la somme sur vous, par hasard?

Chai'UZOT. — Non... (Regardant dans son port(>-monna^>.)J'ai trente-sept sous. Je ne prends jamais d'argent sur moi. Ça embarrasse. (Il reprend sa causerie avec Dominique.)

Rabouedtn. — Vous avez bien raison. Je vous demandais cela en l'air, pour en finir... Asseyez-vous donc, monsieur Isaac. Ce sera peut-i'tre long.

Isaac. — Merci... Ne vous inquiétez pas de moi.

R.vBOtjRDiN. — Nous allons tâcher de trouver la somnie, que diable I... Vous dites trente sept sous, Chapuzot? (Chapuzot gonfle le dos sans se retourner.) Ce ne serait pas trente-sept francs? Non. Tant pis !... Ma bonne Olympe, vous avez bien quelques louis?

Madame Vaussaed, descendant, d'un air contrarié. — Mais non, mon oncle, pas dix francs seulement. J'ai payé ma modiste en venant ici, de sorte nue je suis à sec. (Elle remonte.)

Rabourdin. — Deux cent soixante-douze francs... Nous n'v arriverons jamais... Et vous, Lisbeth?

Madame Fiquet, descendant avec son panier. — Attendez... Je regardais justement... Quelquefois, j'ai de, l'argent qui traîne. L'argent, ça tombe toujours au fond, dans les miettes... Non, voilà trois pièces de quatre sous, avec des centimes, que la boulangère m'a rendus... (Elle remonte. )

Isaac, s'avançant. — Je ne vous cacherai pas que j'ai, ce matin, un petit paiement à faire.

Rabourdik. — Un petit paiement ! Je sais ce que c'est qu'un petit paiement ! 11 faut absolument que je retrouve cette clef... Mon Dieu 1 mon Dieu ! (// remonte, la tête entre les mains.)

Dominique, à part. — I! me fait de la peine, le bonhomme !... (Haut, quittant le canapé.) Vous dites deux cent soixante-douze francs, mon oncle?

Raboiirdin, surpris. — Oui, mon garçon.

Dominique, lui remettant trois billets de banque. — Voici trois cents francs. (Tous les héritiers descendent, stupéfaits.)

Rabourdin (1), tenant les billets. — Ah ! ce cher neveu 1 ce brave neveu I... Il a trois cents francs, à son âge ! C'est bien, cela, c'est très bien ! Ça fait honte aux grandes personnes... Embrassez-moi, petit. Tu es un vrai Rabourdin!... Pavez-vous, monsieur Isaac.

CiiAPCZOT, ricanant, à demi-voix. — Est-ce bête, la jeunesse !

Madame Vaussard, à madame Fiquet, bas. — Décidément, il me déplaît,, ce gamin.

Madame Fiquet, bas. — Quelque fripon.

Isaac. — Eh ! ch I les bons comptes font les bons amis... Voici vingt-huit franco monsieur Rabourdin.

Rabourdin. — Bien, bien... (Il serre la main

(1) Madame Vaussard, madame Fiquet, Rabourdin, Dominique, Isaac, Chapuzot.

que tend Dominique pour prendre la monnaie, et met cette monnaie dans sa poche.) Nous compterons, mon garçon, J'ai la mémoire du cœur. La famille, c'est ma vie. (S'attendrissani.) Mes pauvres enfants, vous retrouverez tout après ma mort. (Les héritiers, qui se sont rapprochés, baissent la tête et reculent.)

Isaac. — Je no suis pas venu pour cette misère... Je voulais vous proposer des pendules... Vous en désiriez une pour votre chambre à coucher.

Rabourdin. — Oh ! un caprice.

Isaac, lui remettant des photographies. — J'ai là des reproductions...

Rabourdix. — Voyons... (Tenant les photographies.) En effet, voilà de belles pendules... Nous pouvons toujours donner un coup d'œil à la cheminée... Venez tous, vous me direz votre avis. (Il sort au bras de Dominique. Tous le suivent. Au moment où Isaac va rentrer dans la chambre, il est arrêté par madame Vaussard.)

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