‹ ThéâtreChapitre 47 sur 151 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

DxABOURDIN, CHARLOTTE '

Charlottî;, joignant faction aux paroles. — A présent, la toilette de la chambre. Il faut un

(1) Charlotte, Rabourdin, Dominique.

certain désordre... Les di-aps de lit tirés et traînant à terre... Des vêtements jetés au hasard... Ah ! une chaise renversée près de la porte. Cela fait très bien.

Rabourdin, qui a regardé ces préparatifs, supplinrii. — Si tu me disais pourtant?... .

Charlotte. — Tout .i l'heure... Je vais d'al)ord allumer du feu: (Elle apprête et allume du feu.)

Rabourdîîj. — Du feu, en juin ! Mais j'ai déjà trop chaud, je vais étouffer. Tu me rendras malade.

Charlotte. — Tant mieux !

Rabourdin. — Comment ! tant mieux !

Charlotte. — Vous auriez une bonne fièvre que cela avancerait fort nos affaires... Là, songeons maintenant à la tisane, (fjlle prend une bouillotte sur la cheminée et la met au feu.)

R-\bourdin, se levant. — Je ne veux pas boire de tisane.

Charlotte. — Laissez donc, vous en boirez... (Elis i'a regarder sur la table de nuit.) Qu'est ce que c'est que cela?... Du chiendent, à merveille ! ( Elle met le paquet de chiendent dans la bouillotte. )

Rabourdin. — Non, non, pas de chiendent ! C'est absurde, du chiendent, lorsqu'on a bien déjeuné ! Ça va me noyer l'estomac... Je n'en boirai pas, d'ailleurs.

Charlotte. — Vous en boirez, vous dis-je 1... (Regardant autour d'elle.) La mise en scène est encore un peu pauvre. 11 faudrait des bouteilles, des potions, des drogues... Attendez, j'ai mis l'ordonnance du médecin dans le tiroir de la table de nuit. (Elle prend l'ordonnance.)

Rabourdin. — Je te défends d'aller chez le pharmacien.

Charlotte. ■ — Certes, je n'ai pas envie d'y aller... Vous avez toujours un tas de saletés dans votre armoire. Les premières drogues venues feront l'affaire. (Elle passe à gauche. Elle ouvre l'armoire, monte sur une chaise et consulte l'ordonnance.) \'oyons... Une potion. En voici une... Des petits paquets. En voici une douzaine intacte parmi vos foulards... Des pilules. Diable ! oii mettez-vous vos pilules? .Ah ! j'en aperçois une boîte sous vos caleçons... (Elle saute de la chaise.) Et un bain. C'est fâcheux que nous n'ayons pas un bain... (Elle vient poser les remèdes sur le guéridon.) En attendant, vous allez prendre tout ça.

Rabourdin, s'approchant. — Moi ! jamais ! Es-tu folle? Rêves-tu de m'empoisonner? Des médecines qui sont lasses de traîner dans l'armoire ! (Il passe à gauche.)

Charlotte. — Elles n'en sont pas plus mauvaises. Vous les avez entamées, vous pouvez bien les finir, j'imagine !

Rabourdin. — Non, je me révolte, à la fin. Tu abuses de la situation.

Charlotte, le poussant de nouveau dans le fauteuil. — Voulez-vous bien \ous rasseoir !... A présent, un peu de désordre dans le col de votre','chemise. C'est cela !... Je vais prendre la couverture de votre lit. (Elle va chercher la couverture.)

Rabourdis. — Mais j'étouffe, je te dis que j'étouffe ! J'aurai un coup de sang, c'est sûr.

Charlotte, revenant. — Tant pis I la couverture est do rigueur... (Elle l'enveloppe.) Là, allongez-vous... (.-igenouilléel devant luL) Vous

Gi

ne Aoulez donc plus rentrer dans votre argent, vous faire entretenir par vos héritiers?

RABornniN. — Si ! si !... Les gueux ! je leur prendrai jusqu'à leur dernii^re chemise.

Charlotte. — Eh bien ! je vais commencer par vous faire donner cette pendule dont vous avez une si grande envie.

rîAiîouRDis. — Vrai, j'aurais la pendule.

Charlottk, se relevant. — \'ous n'avez qu'à agoni^■o^ proprement. Je me charge du reste... La pendule, l'argent, je vetix tout. J'entends que vos nièces se souviennent longtemps de moi.

RiVBOURDi.N'. — Hein ! ménage mes héritiers. Ne me les égorge pas. Je te les confie.

Charlotte. — N'ayez pas pour I... La tête un peu reliversée, les lèvres ontr'ouvertes, les yeu.\ fermés, l'air de ne plus entendre et de ne plus voir. Très bien, très bien!... (Reculmt et rexaminant.) Oh ! le beau mourant que vous faites : \'aus êtes joliment laid, mon parrain... Attention : (Allnni à la fenêtre.) C'est le Chapuzot.

Rabourdix. — Le grcdin ! va-t-il être content :

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