‹ ThéâtreChapitre 64 sur 151 · SCÈNE Vil CHARLOTTE, MADAME VAUSSARD · texte numérisé non relu

SCÈNE Vil CHARLOTTE, MADAME VAUSSARD

Madame Vaussaed, en robe noire, très riche, suivant des yeu.v madame Fiquet. — Où ma cousine court-elle donc si vite?

Charlotte, la regardant, feignant d'être très émue. — Pardonnez-moi... l'émotion, en vous voyant avec ces vêtements noirs... {Changeant de voix.) Mon Dieu ! que le noir vous va bien !

Madame Vaussabd, se pavanant. — N'est-ce pEis?

Charlotte. — Et quelle robe délicieuse !... Les petits volants sont d'un goût ! (Elle tourne autour d'elle.)

Madame Vauss.4RD, passant à droite. — J'ai voulu de la soie; la laine était un peu triste... Et les dentelles? Vous ne trouvez pas qu'il y

ait trop de Jentelles? {Elle retient à gauche.)

Charlotte. — Non, certes. On ne prend pas le deuil pour s'onlaidir.

JI.\D.\ME Vai'SSard, tristement. — Hélas ! le vrai deuil se porte dans le cœur. {Changeant de voix.) Depuis quinze jours, je m'enfermais avec ma couturière.

Charlotte, tapant dans ses mains. — Adorable ! adorable : Voilà une toilette qui fera sensation au convoi... {Larmoyant.) Au convoi, madame, au convoi, mon Dieu I ■ ;

Madame Vaussard, tirant un magnifique mouchoir brodé pour s'essuyer les yeux. — Au convoi, ma pauvre enfant!... {Changeant de loir.) Où courait donc ma cousine? Elle avait l'air très émue.

Charlotte. — Dame ! elle a lieu d'être lort inquiète.

Madame Vaussabd. — Alors, notre bon oncle?...

Charlotte, confidentiellement. — J'ai promis de vous servir... Il a déclaré dans son testament laisser toute sa fortune à celui de ses héritiers qui aurait la pensée généreuse de l'enterrer avec toute la magnificence possible... Avez-vous cette pensée généreuse, madame?

Madame Vaussard. — Sans doute, depuis des années... {A demi-voix.) Ça va coûter bien cher.

Charlotte. — Oh ! par exemple, tout ce qu'il y a de mieux, tout ce qu'on peut voir de plus réussi... La messe au grand autel, trois cents francs de cire...

Madame Vaussard, passant à droite. — Trois cents francs, grandDieuI... Cent francs suffiront.

Charlotte. — Cinq cents francs pour les pauvres.

Madame Vaussard. — C'est une folie !... Il me ruine.

Charlotte. — L'embaumement...

MADAME Vaussard, passant à gauche. — Le faire embaumer !... Jamais !

Charlotte. — L'embaumement... En tout, trois mille francs. Le testament dit trois mille francs.

Madame Vaussard, abasourdie. — Trois mille francs !... J'aime mieux ne pas hériter.

Charlotte. — Alors, madame, je pense que vous serez satisfaite... Ce jeune homme, ce neveu tombé du ciel...

Madame Vaussard. — Il a dit qu'il allait à l'état ci\il, le petit misérable 1... {Désespérée.) Mais, alors, je suis dépouillée... On pourrait peut-être, en courant... {Tirant un petit portefeuille de sa poche.) Rendez-moi ce service, je vous-en prie.

Charlotte. — Il suffit de commander.

Madame Vaussard. — Non, je veux payer tout de suite. Le neveu n'aurait qu'à me devancer... C'est épouvantable, tant d'argent, pour un mort !

Charlotte, guettant les billets que madame Vaussard tient à la main. — Et Senlis, madame, Pfnlis qui parlera encore dans dix ans de votre générosité. Jamais Senlis n'aura vu un enterremonl pareil, ^'ous allez être saluée, respectée, célébrée.

Madame Vaussard, avec satisfaction, passant à droite. — En eflet, je mériterai quelque égard, je serai accablée de visites... Pour le coup,

la femme du notaire et les deux filles de l'adjoint crèvent de dépit... {Charlotte lui arrache les billets.) Prenez garde de perdre les trois mille francs.

Charlotte, glissant les billets dans son corsage. — N'ayez pas peur, ils resteront là. {Elle va pour sortir, lorsque madame Fiquct entre et la prend à part.)

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