MADAME FIQUET, CHARLOTTE, MADAME VAUSSARD
Madame Piquet, menant Charlotte à droite, à demi-voix. — J'ai acheté la pendule. C'était d'une simplicité !... Ce qui est plus ingénieux, c'est ceci... {Elle lui remet un papier.) Prenez donc. Vous glisserez adroitement ceci dans les papiers de mon oncle.
Charlotte, le papier à la main. — Ceci?
Madame Fiquet. — Mon Dieu ! que vous êtes bornée !... La facture, comprenez-vous? une facture antidatée, au nom de Rabourdin.
Cha^otte. — Oh ! madame, cela est fort, plus fort que vous ne le pensez vous-même... N'ayez pas pour, la facture est bien là. {Elle met ta facture dans son corsage.)
Mada.me Fiquet. — Bon !... {Regardant madame Vaussard.) Et ma cousine, que dit-elle?
Charlotte. — Elle est radieuse. Elle croit hériter. {Elle se dirige vers la porte du fond.)
Madame Vaussard, l'arrêtant et baissant la voix. — Que vous disait donc ma cousine?
Charlotte. — Elle s'imagine hériter. La chère dame est dans une joie !... {Elle se dirige de nouveau vers la porte; puis elle redescend et se place entre les deux femmes.) Je vous engage, mesdames, à ne pas quitter cette pièce.
Madame Vaussard. — Ah !... Pourquoi?
Charlotte. — Jurez-moi d'être discrètes... Le testament est ici.
Madame Fiquet. — Ici !... Où donc?
Charlotte. — Dans la caisse.
Madame Vaussard. — Mais la clef était perdue?
Charlotte. — La clef est retrouvée... Mon Dieu 1 je vous dis tout cela par amitié, je sais que vous n'en ferez pas un mauvais usage... La clef est encore sous l'oreiller de mon pauvre parrain.
Madame Fiquet. — Sous la tête du...
Madame Vaussard, faisant écho. — Sous la tête...
Charlotte. — Oui, silence et respect ! {Elle remonte. Les deux femmes se retournent pour la suivre des yeux; et, lorsqu'elle est sur le seuil de la porte, avant de disparaître, elle lève la main, dans un geste d'autorité bouffonne.)