MADAME VAUSSARD, MADAME FIQUET
Madame Fiquet, à droite, à pari. — Cette buse d'Olympe qui compte sur l'héritage !
Madame Vaussard, à gauche, à part. — Cette pie-grièche de Lisbeth qui se vante d'hériter !
LES HÉRITIERS RABOURDIX
MjLDAiEE FiQUET, s'açançant, haut, avec ironie. — Ma cousioe, recevez mes félicitations.
Madame Vacssabd, s^ avançant, même jeu. — Ma cousine, je vous présente les miennes.
Madame Fiqcet. — Vous me voyez ravie.
Notre oncle a donc su récompenser vos rares qualités.
Madame Vaussabd. — Je suis enchantée qu'il se soit décidé à reconnaître votre long dévouement.
Madame Piquet. — Eh ! non, ma cousine, c'est vous qui héritez.
Madame Vaussabd. — Non, ma cousine, vous héritez, n'en doutez point.
Madame Fiqxtet, passant à droite, à part. — Elle m'agace.
Madame Vaussabd, à gauche, à part. — Elle est énervante.
Madame Fiquet, revenant, se fâchant peu à peu. — J'admets un instant que je sois héritière.
Madame Vaussabd, revenant, même jeu. — Vous êtes trop modeste... Mais je veux admettre comme vous que le testament soit en ma faveur.
Madame Fiquet. — Je trouverais peut-être en moi des mérites suffisants pour expliquer le choix de notre oncle.
Madame Vaussabd. — Je découvrirais sans trop de peine les bonnes quaUtés qui me vaudraient cette distinction flatteuse.
Madame Fiquet, furieuse. — J'hérite !
Entendez-vous, ma cousine.
Madame Vaussabd, passant à droite, furieuse. — Vous entendez mieux que moi, ma cousine, j'hérite :
Madame Fiquet. — Vous? laissez donc ! on m'a récité le testament mot à mot ;
Madame Vaussabd. — Vous? la beUe histoire : je le sais par cœur :
Madame Fiquet, montant vers la porte de la chambre. — Voulez-vous des preuves?
Madame Vaussabd, la suivant. — J'allais vous en offrir. {Madame Fiquet entre vivement dans la chambre, tandis que madame Vaussard s'arrête à la porte. La première ressort presque aussitôt, terrifiée, tenant la clef.) Eh bien?
Madame Fiqitet, adossée à la porte. — Rien, l'émotion... (Se remettant.) Un enfantillage... (S'approchant de la caisse.) Je connais le système.
Madame Vaussabd, s' effaçant derrière elle. — n y a souvent des pistolets chargés dans les coffres-forts.
Madame Fiquet. — Si vous avez peur, aUezvous-en... (Elle travaille la serrure.) Ah : voilà. (Elle repousse madame Vaussard, qui allonge les mains.) Doucement. Nous jurons de ne pas déranger un écu, quelle que soit la teneur du testament?
Madame Vaussabd, avec fièvre. — Oui, oui, c'est juré... tout ce que vous voudrez... (Religieusement.) Quel éblouissement attend nos yeux : Quelle splendeur de tabernacle !
Madame Fiquet, avec passion, tenant la caisse entre ses bras. — Mon Dieu, mon bien, mon tout : {Elle fait rouler doucement la porte de la caisse. Toutes deux restent un inslani muettes, dans une attitude de dévotion profonde. Puis, peu à peu, elles s' effarent.)
Madame Vaussabd. — Hein?
Madame Fiquet. — Qu'est-ce donc?
Madame Vaussabd. — Suis-je aveugle?
Madame Fiquet. — Je ne vois rien !
Madame Vaussabd. — Pas un rayon, un trou de ténèbres !
Madame Fiquet. — Un trou noir comme un four :
Madame Vaussabd. fouillant dans la caisse.
— Maiis la caisse est vide :
Madame Fiquet, même jeu. — Vide !... la caisse est vide :
Madame Vaussabd, même jeu. — Rien sur les planches :
Madame Fiquet, même jeu. — Rien dans les coins !
Madame Vaussabd, traversant la scène, passant à droite. — • DépouiUée !
Madame Fiquet. — Volée ! (Elle fouille de nouveau et pousse un cri en trouvant le registre.) Ah : (Elle se sauve au fond.)
Madame Vaussabd, remontant, Varrêtant. — Faites voir!... Ne mettez rien dans vos poches ou je crie à l'assassin : (Elle Vamèneà V avant-scène.)
Madame Fiquet. — Laissez donc, je n'ai pas envie de me voler moi-même... Ça doit être tout en bUlets.
Madame Vaussabd. — EnbUletset en titres... Faites voir !
Madame Fiqttet. — Ne me bousculez donc pas... Là, nous allons regarder ça tranquillement. (Madame Fiquet ouvre le registre. Madame Vaussard se hausse derrière elle pour mieux voir.)
Madame Vaussabd. — Il y a cpielque chose d'écrit sur la première page.
Madame Fiquet, lisant. — (i Ceci est mon testament... :>
Madame Vaussabd, répétant. — i Mon testament... D
Madame Fiquet, continuant. — «Je meurs I profondément touché des soins dévoués que I m'ont prodigués des mains amies... » (S'interrompant.) Ceci est pour moi... Ce bon oncle '.... Hein! ma cousine, êtes-vous convaincue?
J'hérite :
Madame Vaussabd, lui arrachcuit le registre, lisant à son tour. — n Je ne saurais avoir trop de « reconnaissance pour le parfum de bonne compa- <t gnie qu'une société aimable a mis autour de mon » lit de mort... > (S' interrompant.) Ce digne oncle ! Voilà qui est à mon adresse, je pense... Macousine, que vous disais-je? J'hérite !
Madame Fiquet, s' emparant du registre, que madame Vaussard continue à tenir par un coin.
— <[ ... Et comme j'entends ne léser en rien mes I héritiers, j'ai dressé ici la liste exacte de leurs
— cadeaux... > Se moque-t-il?
Madame Vaussabd, tirant à elle le registre dont madame Fiquet continue à tenir un coin. — « ... Afin d'étabUr la balance entre ce qu'ils I m'ont pris et ce que j'ai su me faire rendre... » Ah ! mon Dieu '.
Toutes deux, tenant le registre chacune par un côté, lisant ensemble. — i ... Je suis ruiné, et n leur lègue ce qu'ils me doivent encore. »
Madame Vaussabd. — Jouée comme un enfant !... (Remontant vers la porte de la chambre.) Oncle sans foi 1 (Elle redescend et reprend le registre à madame Fiquet.)
Madame Fiquet (1). — Dupée! moi dupée!...
(t) Madame Vaussard, madame Fiquet.
(Re.nunlanl vers la porte de la chambre.) Ce misérable oncle ! {Elle redescend.)
.Madame X'aussard (1), feuillelanl le registre. — Que de ricliesses ! Que de regrets : Mon nom partout !
Madame Fiqcet. jetant un coup d'œil sur le registre. — Mon nom à toutes les pages !... (Remontant vers la porte de la vhambre, tandis que madame Vaussard va jeter le registre sur le canapé. )VA il a attendu d'être mort pour parler, le làthe '.. Ah: si je le tenais! (f/n violent tlernuemcnl part de la chambre. Lesdeux femmes très effrayées se serrent l'une contre Vautre.) Hein! Qu'est-ce que c'est que ça?
Madame Vaussakd. — Un bruit singulier... On a élernué. (Autre îtsrnuement plus violent encore.)
Madame Fiquet. — Mais il n'est seulement pas mort 1... Entrons. {Elle se précipite dans la chambre, suivie de madame Vaussard. Toutes deiuc reparaissent tenant chacune par une main Rabourdin, vêtu simplement d'un pantalon à pieds et coiffé d'un foulard.)
SCÈXK X