MAD.\ME VAUSSARD, RABOURDIN, MADAME FIQUET
Madame Piquet, le tirant à' elle. — Ah! c'est tout ce qu'on devait retrouver après votre mort !
Rabourdin, ahuri, suppliant. — Ma bonne Lisbelh...
Mab.ime Vaussard, le tirant à elle. — Ah ! la caisse était vide.et vous vous moquiez de nous!
Rabouedin. — Ma chère Olympe...
Madame Fiquet, même jeu. — Vous vous faites dorloter depuis di.K ans !
Rabourdin. — Ecoutez...
Madame Vaussard, même jeu. — On vous comble de cadeaux !
Rabourdik. — Laissez-moi vous dira...
Madame Fiquet. — Comment voulez-vous que je marie ma fille, maintenant?
-Madame \'aussard. — Comment voulezvous que je paie mes dettes?
Rabourdin. — Par grâce... Lisbeth! Olympe!
Madame Fiquet. — Non, non... Ah ! il vous faut des pendules Louis XV ! Et moi je paie comme une béte !
Madame Vaussard, — Ah ! il vous faut un bel enterrement, trois cents francs de cire, cinq cents francs pour les pauvres I
Rabourdin. — Eh 1 nullement... Si vous saviez...
Madame Fiquet. — Vous vouliez que la pendule .sonnât votre dernière heure.
Madame N'aussard. — Vous vous êtes fait embaumer à mes frais !
Radoubdin, se fâchant. — Mais pas du tout. Que diable ! un mot...
Madame Fiquet, lui lâchant le poignet et le repoussant. — Taisez-vous !... Vous nous avez promis trop longtemps de mourir. Vous êtes mort 1
Madame Vaussard, le repoussant tgatemcni.
(1) Madame Fiquet, madame Vaussard.
— Xotre oncle est mort, nous n'avons plus d'oncle !
Rabourdin, les implorant tour à tour. — Voyons, la paix, mes bonnes nièces... Les petits cadeaux...
Madame Fiquet. — Plus de cadeaux, entendez-vous 1
Rabourdin. — Les petits cadeaux...
ALiDAME Vaussard. — Jamais, jamais !
Madame Fiquet. — Et moi, j'emporte ce qui m'appai'tient... {Elle traverse et monte au fond, à gauche.) .\ttendez, tout ce que je retrouverai...
Madame Vaussard. — Moi aussi. {Elle traverse et monte au fond, à droite.)
Madame Fiquet. — D'abord le tire-bouchon et la boîte de petites cuillers. {Elle les prend sur le guéridon et les met dans sa poche. )
Rabourdin, courant derrière elle. — Lisbeth ! Ah 1 non, par exemple !
Madame Vaussard, rfcfa/it/efiu^e/. — Le rond de serviette... la timbale... (fHe les met dans sa poche. )
R.\boubdin, lâchant madame Fiquet pour courir à madame Vaussard. — Olympe, veux-tu bien laisser ça?... Des cadeaux, c'est sacré. {Elle passe à droite. )
Madame Fiquet, gui est descendue à Vavantscène et qui passe à gauche, se dirigeant vers le canapé. — Le coussin sous mon bras... {Elle remonte au buffet.) La cave à liqueurs sous mon autre bras.
Rabourdin, lâchant madame Vaussard pour courir à madame Fiquet. — Finis donc, Lisbeth ! Je ne vous laisserai pas sortir d'ici. {Il barre la porte de son corps.)
îLvDAME V.\ussabd, à gauchc, se chargeant des objets. — Le plateau... la chaise... et la jardinière.
Rabourdin, la poursuivant. — Pas de mauvaises farces. Olympe ! Tu vas casser quelque chose.
Madame Fiquet, à droite. — Voyons, j'ai encore une main libre. {Regardant autour d'elle et apercevant le baromètre accroché au mur.) Ah 1 le baromètre ! {Elle le décroche.)
Rabourdin, la poursuivant. — Mon baromètre !
Madame Vaussard. s'échappant. — Adieu, mon oncle ! {Rabourdin tourne sur lui-même sans pouvoir la saisir.)
Madame Fiquet, n'échappant. — Adieu, mon oncle ! {Même jeu de Rabourdin.)
Rabourdin, sur le seuil de la porte. — Voleuses I voleuses !... .\u secours ! arrêtez-les !... {Il revient en chancelant.) Ah ! misère, on me ruine !... Je suis ruiné, ruiné, ruiné ! Je n'ai plus d'héritiers !) Il se laisse tomber sur la chaise, à droite, en se lamentant. Charlotte, qui a assisté à la fin de la scène, de la porte de la cuisine, entre en riant aux éclats.)
SCÈNK XI