LAURENT, CAMILLE, MADAME RAQUIN, / THÉRÈSE
Madame Raquin. — Comment, il a fini !
Camille, tenant le portrait devant lui. — Mais oui... Venez donc !
Madame Raquin, regardant le portrait. — Ah I c'est ça ! La bouche surtout, la bouche est frappante... Tu ne trouves pas, Thérèse? 'ftïi
Thérèse, sans s'approcher. — Si. {Elle va à la fenêtre, où elle s'oublie, le front contre la boiserie. )
Camille. — Et l'habit donc ! mon habit de noces que je n'ai mis que quatre fois !... Le collet a l'air d'être du vrai drap.
Madame Raquin. — Et le coin du fauteuil I
Camille. — Etonnant ! du vrai bois !... C'est mon fauteuil, nous l'avons apporté de Vernon; il n'y a que moi qui m'en serve. {.Montrant l'autre fauteuil.) Celui de maman est bleu.
Madame Raquin (1). à Laurent qui a rangé son chevalet et sa boite à couleurs, et qui est passé à droite. — Pourquoi avez-vous mis du noir sous l'œil gauche?
Laurent. — C'est l'ombre.
Camille, posant le portrait sur le chevalet, appuyé au mur, entre l'alcôve et la fenêtre. —
(1) Thérèse, Camille, madame Raquin, Laurent.
Ce serait peut-être plus joli sans ombre; mais n'importe, j'ai l'air distingué; on dirait que je suis en visite.
Madame Raquin. — Mon cher Laurent, comment vous remercier? Vous n'avez pas même accepté que Camille payât les couleurs.
Laurent. — Eh I c'est moi qui le remercie d'avoir bien voulu poser.
Camille. — Non, non, ça ne peut pas se passer comme cela... Je vais aller chercher une bouteille de quelque chose. Que diable ! nous arroserons ton œu\Te.
Laurent. — Oh ! ça, si tu veux... Moi, je vais prendre le cadre. C'est aujourd'hui jeudi, il faut que M. Grivet et les Michaud trouvent le portrait pendu à sa place. (// sort. Camille ôte son habit, change de cravate, met un paletot que lui donne sa mère, et fait mine de suivre Laurent.)
SGEiNE IV