‹ ThéâtreChapitre 71 sur 151 · COMEDIE EX TROIS ACTES · texte numérisé non relu

COMEDIE EX TROIS ACTES

riepréseiUée pour la première fois, à Paris, sur le llié;Ure du Palais-lioyal, le 6 mai 1S7<S.

PRÉFACE

Sera-t-il permis à un auteur dramatique sifflé, hué, conspué, de parler tranquillement de son aventure, en brave homme, sans rancune ni tristesse?

En lisant les Contes drolatiques de Balzac, ces chefs-d'œuvre d'une invention si comique et d'un style si adorablement ouvragé, j'avais été souvent frappé par le conte intitulé : le Frère d'armes. 11 me semblait qu'il y avait là le sujet d'une amusante farce, toute une situation dramatique originale. ' 'i,

Voici le conte. Le cadet de Maillé et le sieur de Lavallière étaient frères d'armes. Le premier avait épousé Marie d'Annebault, « laquelle estoyt une gracieuse fille, riche de mine et bien fournie de tout ». Mais le brave Maillé dut partir pour le Piémont, et il eut alors l'idée de confier sa femme à son ami. « Veux-tu avoir la charge de ma femme, la défendre contre tous, estre son guide, la tenir en lesse, et me respondre de l'intégrité de ma teste? j Lavallière^ accepta, après quelques hésitations, car il sentait le péril de la tâche. Quant à Marie d'Annebault, elle avait|,écouté. « Elle avoyt preste l'auroille aux discours des deux amys, et s'estoyt grandement offensée des doubtes de son mary... Il y avoyt, en son soubrire ung mahcieux esperit.'Jet, pour aller rondement, l'intention de mettre son ieune gardechouse entre l'honneur et le plaisir, de si bien le requérir d'amour, le tant testonner de bons soings, le pourchasser de resguards si chauds, qu'il feust infidelle à l'amitié au prouffict de la guallantise. »

Voilà donc la situation posée. Et, dès lors, il faut voir comme Mario tourmente ce pauvre Lavallière !« Tousiours la ruzée venoyt vestue à la légière,monstrantdeseschantillonsdesa beaulté à faire hennir ung patriarche aussy ruyné par le temps que debvoytl'estre le sieur de Mathusalem à cent soixante ans. «Je ne puis, à mon grand regret, continuer les citations, et il me faut indiquer" avec le plus de discrétion possible la péripétie et le dénouement de l'histoire. Marie en arrive à désirer follement Lavalhère. Celui-ci, à bout d'inventions, s'accuse du « mal de Naples ». Lorsque Maillé revient, grâce au mensonge héroïque de son ami, il retouve sa femme intacte « de corps, sinon de cueur ».

Que les lecteurs curieux se reportent au conte de Balzac, d'une saveur si gauloise. Voilà de la farce, et de la farce épique, avec une largeur de fantaisie superbe de belle humeur ! Et même, au fond du récit, il y a je ne sais quel attendrissement profond. Ce pauvre Lavallière est un héros dont la continence balance pour moi les grandes actions des conquérants. Malheureusement, notre époque pudibonde ne tolérerait pas au théâtre un pareil sujet. Il s'agissait de rendre la donnée possible, de trouver une pièce originale tout en partant du même point que Balzac.

Depuis quelques années, cette idée s'éveillait parfois dans un com de ma cervelle. Je voyais bien Maillé confiant la vertu de sa femme à Lavallière; mais qu'allait-il se passer ensuite entre Lavalhère et Marie, puisque je ne pouvais conserver la péripétie de Balzac? Enfin, un jour, je songeais que Lavallière pourrait être amené à voler lui-même le trésor

(i) Cette préJace est la reproduction d'un feuilleton du Bien public, où j'étais chargé de la revue dramatique, et où je faisais depuis deux ans une campagne en faveur du naturalisme au théâtre.

8i; THÉÂTRE

que son ami l'avait chargé de garder. Et, tout de suite, les trois actes s'indiquèrent : promit r aile" le mari confie sa femme à son ami; second acte, l'ami est poussé à abuser de ce dépôt jacré; troisième acte, le m.iri revient et demande des comptes à l'ami coupable.

C'est ainsi qu'est né le Bouton de rose. Il est aisé de suivre dès lors la construction de la iiiécc. J'ai cru, pour rendre le sujet plus net, qu'il était bon de prendre ma Valentine au soir iiiêmé de ses noces, avant ([ue son mari, l'hôtelier Brochard, eût pénétré dans la chambre iiupliale. J'ai cru encore que \'alentine devait jouer une simple comédie, passer souriante it fine au milieu de l'intrigue, sans y laisser un seul fil de sa robe blanche. Elle veut uniquement donner une leçon à son mari et à son gardien, en leur faisant une belle peur. La farce achevée, ils sauront qu'on ne garde pas les femmes, que les femmes se gardent toutes seules. C'était moral.

Pourtant, je n'avais pas tout. Mon Ribalier, 1 aesoeié de Brochard, le gardien de Valentine, devait croire qu'il avait abusé du fameux dépôt, si je voulais le montrer, au troisième acte, plein de remords et de terreur devant le mari. I.à était la difficulté. C'est alors que i"ai inventé le couple Chamorin. une femme de vertu légère, un mari trompé qui tâche de surprendre sa femme en flagrant délit, qui lui fo-arnit même des occasions, pour plaider et obtenir une séparation de corps. Tous dcu.x logent à l'hôtel du Grand-Cerf, dont Ribalier et Brochard sont les propriétaires. Ribalier a trouvé madame Chamorin très tendre, puis il a rompu avec elle. Et c'est madame Chamorin qui prendra la place de Valentine, la nuit, dans une chambre noire; c'est Chamorin qui viendra pour pincer sa femme, et devant lequel Riiialier luira, en croyant reconnaître Brochard. Dès lors, j'avais mon troisième acte tout prêt : la terreur de Ribalier, l'aliurisscment do Brochard ne comprenant rien à ce (fu'on lui 'dit, les malices impitoyables de Valentine allant jusqu'au bout, enfin, comme explication finale, une'poignée de main silencieuse de Chamorin à Ribalier, à l'homme qu'il veut remercier de son dévouement.

Restait à savoir comment j'arriverais à compromettre Valentine aux yeux de Ribaliei-. C'est ce que j'ai cherché et décidé en dernier lieu. Il fallait que Rii)alier, aprè-s avoir résisté aux provocations ingénues de Valentine, pût croire tout d'un coup qu'il venait d'êire joué par une rouée. L'innocente devait se changer en une dessalée qui avait jeté son bonnet par-dessus tous les moulins du pays. Et J€ voulais en arriver à ce cri de Ribalier : « Conanent! tout le monde? mais moi aussi alors ! Tant pis pour Brochard ! » La scène de séduction se retournait, et c'était loi qui attaquait.

L'idée d'une caserne me vint aus.sitôt. Il me fallait une assemblée d'hommes. J'aurais pu choisir un couvent; mais je crois que la censure se serait fâchée. J'ai donc imaginé cpK Valentine, fille d'un militaire, élevée par une tante qui tient une pension d'officiei-s, s'entend avec des officiers qui l'ont connue enfant et qu'elle retrouve, pour faire croire à son gardien (fae tout un régiment l'a courtisée. Ribalier, stupéfait d'abord, se fâche ensuite, puis finit, sous le coup de quelques verres de Champagne, par vouloir prendre sa part. Je croyais curieuse cette succession rapide de sentiments.

Telle est l'histoire du Bouton de rose. J'ai pensé qu'il était bon de raconter comment j'ai («té amené à faire cette pièce, et de quelle façon les idées sur lesquelles elle repose se sont présentées à moi. Cela peut intéresser les jeunes gens qui veulent écrire pour le théâtre. D'atrtre part, je suis bien aise de me prouver à moi-même que je ne snis pas encore comp-lèlement imbécile et dévergondé, comme la critique le déclare. Il y aurait une autre histoire extrêmement instructive à raconter, la réception de la pièce au Palhis-Royal, les hésitalions successives des directeurs et de l'auteur, puis la griserie finale des répétitions, la confiance absolue au succès de l'œuvre. Je ne voulais pas signer le Boulon de rose, c'était là une chose convenue, le pseudonyme était même choisi; et si j'ai fail jeter mon nom aux sifflets, c'est qu'il m'aurait semblé lâche de me cacher dans la défaite? Qu'importe au public la cuisine des couli.sses? Qu'une comédie réussisse, qu'une comédie tombe, l'auteur seul est responsable. Et j'accepte hautement toutes les responsabilités.

Il s'est passé en moi un singulier phénomène, au sujet du Bouton de rose. Je n'avais palpeur la pièce une affection paternelle désordonnée. J'estimais qu'elle était bien faite, qiae eerlaines situations avaient de la drôlerie et de l'originalité. .Mon espoir était que le public de la première représentation comprendrait qu'une pareille farce avait été, pour moi. une .simple récréation, prise entre deux travaux d'importance. Et il an-ive que le Bouton d,rose m'est devenu cher aujourd'hui, tant on s'est montré pour lui d'une brutalité odieuse. L»^ foules sont ftTOces. .Méritait-il ce déchainemcnt de fureur? Comment veul-on que j'en aperçoive les dé'fauts, si on me le met en miettes? \"oilà la pièce élargie et grandie. J'ent«jnds ;i ]ipésent que le procès-verbal de la soirée du G mai accompagne la pièce et dure autant qu'elle dans mes œuvres. Plus tard, il y aura appel. Les procès littéraires sont toujours susceptiblcs de '-assafion.

LE BOUTON DE ROSE

Comme je suis ti'i>s eui-icux des grands mouvements qui se produisent dans les foules, j'ai éprouve, le lendemain de l'aventure, rimpérieiix besoin d'analyser le public de la première représentation.

Avant tout, ce public a eu une déconvenue. Il s'attendait certainement à autre chose. Il voulait un manifeste littéraire, un exemple de comédie naturaliste appuyant la campagne que je faisais depuis deux ans dans le Bien Public. J'aurais donné une pièce à la Comédie- Française, qu'il ne se sérail pas montré plus exigeant. Il oubliait ([u'il était au Palais-Royal, que le choix fait par moi de cette scène indiquait de ma part un siniple amusement d'esprit. Enfin, il demandait à l'auteur des Rougon-Macqaart une comédie extraordinaire et tout à fait hors ligne. Cela était certainement très flatteur, mais bien dangereux.

D'autre part, je me suis rendu compte de l'étonnement des spectateurs, à la saveur particulière du Bouton de rose. La gaieté n'est pas la même à toutes les époques. Aujourd'hui, il y a au théâtre une gaieté de mots, un entortillement d'esprit, une sorte de fleur parisienne poussée sur le trottoir des boulevards. C'est un esprit fouetté en neige, relevé d'une pointe de musc, un vrai déjeuner de soleil qui plaît dans sa nouveauté et qui, cinq ans plus tard, devient inintelligible. Dès lors, on comprend la grossièreté d'un homme tout franc, arrivant avec un style direct, appelant les choses par leur nom, cherchant le rire dans les situations et dans les types.

Puis, le sens de nos anciens contes français est perdu, à ce que je vois. La verdeur en est trouvée répugnante. Ces mirifiques histoires d'hôtellerie, où l'on se trompe de chambres et de femmes, paraissent d'une ordure sans excuse. La pointe de tantaisie qu'elles tolèrent : le départ d'un mari le soir de ses noces pour le marché du Mans, les ruses hardies et salées d'une ingénue, semble monstrueuse, indigne d'un esprit distingué. Ma Valentine, par exemple, a stupéfié, et l'on m'a dit que j'aurais dû expliquer cette innocente, .comme si les fines commères, les petites filles rieuses où la femme perce avec ses diableries, avaient besoin d'une étiquette dans le dos pour être comprises. On m'aurait encore pardonni si j'avais eu de l'esprit, si j'avais fait des « mots ". Hélas ! je n'ai point cet esprit-là, je suis allé carrément mon chemin. Cette franchise des situatioiis et du style a révolté. Ma vérité a été sifllée, et l'on a hué ma fantaisie.

Donc le pubhc était dans l'attente de quelque chose de prodigieux. Je ne prononcerai pas le gi'Os mot de cabale, parce que je ne crois pas à une entente préalable entre douze cents spectateurs. On m'a pourtant conté une histoire curieuse, un diner qui aurait eu lieu avant le lever du rideau, et où l'on aurait juré au dessert de siffler ma pièce. Je ne veux voir là qu'une anecdote. Mais s'il n'y a pas eu cabale dans le sens précis du mot, il faut admettre qu'une bonne moitié de la salle faisait des vœux ardents pour que le Bouton de rose tombât. On était venu là comme on va dans la baraque d'un dompteur, avec la sourde envie de me voir dévorer.

Je me suis fait, parait-il, beaucoup d'ennemis, avec mes feuilletons du Bien Public, où la sincérité est ma seule force. On ne juge point impunément les pièces des autres pendant deux ans, en toute justice, disatnt hautement ce qu'on pense des grands et des petits. Le jour où soi-même on soumet une œuvre aux confrères et au public, on s'expose à des représailles. Le mot n'est pas de moi, il a été prononcé dans les couloirs et je l'ai déjà retrouvé dans quelques articles. Je comprends parfaitement que les vaudevillistes vexés et les dramaturges exaspérés se soient dit ; « Enfin, nous allons le juger à l'œuvre, ce terrible homme ! » Et le public devait même partager cette attente. Je ne récrimine pas, je constate que ma position d'auteur dramatique était certainement plus délicate que celle d'un autre. Un jeune monsieur, à l'orchestre, montrait une clef à ses voisins, disant :«11 faut que le Boulon de.rose soit un chei-d'œuvre, ou sinon... » Cela est typique.

Ce n'est pas tout, le romancier lui-même était en cause. Les succès se paient. Je devais expier, le 6 mai, les quarante-deux éditions de l'Assommoir et les vingt éditions de Une page d'amour. Un romancier faire du théâtre, un romancier dont les œu'VTes se vendent à de tels nombres ! Cela menaçait de devenir l'abomination de la désolation. J'allais prendre toute la place, j'étais vraiment encombrant. 11 s'agissait de mettre ordre à cela. Pour peu que l'œuvre prêtât le flanc, on la bousculerait et on se régalerait de voir l'heureux romancier se casser les reins comme auteur dramatique.

\'oilà donc de quels éléments la salle était composée : des amis qui exigeaient beaucoup de moi, qui n'admettaient pas que je pusse écrire une œuvre ordinaire; des ennemis pleins de rancune, désireux de se venger du critique et de rabattre le triomphe du romancier; enfin un public dont le goût n'est pas au théâtre tel que je l'entends. Les uns me reprochaient d'aller contre mes théories sur la vérité, les autres de manquer de fantaisie. C'était une confusion incroyable. Et la'note comique était donnée par ces étranges justiciers qui, pour m'enseigner la douceur, commençaient par m'étrangler. Il est par terre, tombons sur lui.

Cela le rendra inciins sc^vèrc ])oiir les aulres. A ruvciiir. Inis(|ii"il ti-ouvera une pièce mauvaise, il n'usera jilus le dire aussi earrément. Nous voulons ([u"i! inente, écrasons-le !

Mais je n'ai point encore parh' des spectateurs patriolifpies. Il paraît que j'ai voulu ridiculise!' l'uniforme de l'armée française sur la scène du Palais-Royal. Les sifflets ont commencé, lorstpie les officiers ont paru, au second acte. Voilà une indignation qui part d'un Lon sentiment. Elle m'a stupélié. Des messieurs, à l'orchestre, qui avaient très bien dinc, m'a-t-on dit. ont cru devoir prendre particulièrement la défense de l'armée. Eh ! bon Dieu ! qui songeait à attaquer l'armée? Je la respecte fort, ce qui ne m'empêchera pourtant pas de 1 étudier en toute vérité dans un de mes prochains romans.

En somme, on a écouté le premier acte, on a sifflé le second, et on s'est refusé absolument à entendre le troisième. Le tapage était tel, que les malheureux critiques, ne pouvant saisir les noms des personnages au milieu du bruit et ne coiii]>rcHant plus rien à l'intrigue, ont fait les comptes rendus les plus fantaisistes du monde. L(^s uns ont loué le talent de M. Lhéritier qui ne jopait pas dans le Bouton de rose, les autres ont confondu Chamorin avec Ribalier; aucun n'a raconté fidèlement la pièce. Je suis certain que pas un des spectateurs ne connaît le dénouement exact. Excellentes conditions pour juger une œuvre.

Remarquez que le troisième acte était jugé le mt^illeur. Au théâtre, on comptait beaucoup sur cet acte. Mais la salle en était arrivée à une exaspération comique. Brochard entre furieux et crie à une servante : « Grande cruche ! » Toute la salle entend : « Grande grue ! » Et l'on siffle. Que faire à cela? Il y a des moments où la foule entend ce qui fouette sa passion. Dès lors, toutes les intentions de la comédie se faussaient; ce qui aurait dû faire rire faisait sursauter les gens les moins prévenus. Les ([uelqucs mots d'argot dit par Valenline, si innocents et d'intention si drôle, je persiste à le croire, ont éclaté comme des bombes. La salle menaçait de crouler.

Je suis aujourd'hui, je le répèle, sans rancune ni tristesse. Pourtant, j'ai eu, le lendemain, un sentiment de colère bien légitime. Je croyais que, le deuxième jour, la pièce n'irait pas au delà du second acte. Le public payant me semblait devoir achever le désastre. J'allai tard au théâtre, et en montant je ([uestionnai un artiste: « Eh bien? ils se fâchent, là-haut? » L'artiste me répondit en souriant : « Mais non, monsieur, tous les mots portent, la salle est superbe et rit à se tordre. » Et c'était vrai; pas une protestation, un elTet énorme. Je suis resté pendant tout un acte, écoutant ces i-ii-es, étoulTant, sentant des larmes monter à mes yeux. Je songeais à la salle de la veille, je me demandais pourquoi une si inconcevable brutalité, puisque le vrai public ne se fâchait plus. Les faits sont là.

\oici les chiffres des cpiatre premières recettes faite par Ze /îo«Zonrfe /•05e; la première, 2,300 fr. ; la seconde, 2,500 fr, ; la troisième 1,100 fr. ; la quatrième, 800 fr. Qu'on étudie ces chifTres. La recette la plus élevée est celle de la seconde représentation. La presse n'avait pas encore parlé, le public venait et riait de confiance. Mais, dès le troisième jour, la critique commence son œuvre d'étranglement. Une bordée d'articles furibonds atteint la pièce en plein cœur. Le public dès lors hésite et s'écarte d'une œuvre que pas une voix ne défend et i]ue les plus t olértuits jettent au ruisseau. Les rares spectateurs qui osent se risquer paraissent liien s'amuser franchement; les effets grandissent à chaque représentation; les artistes, délivrés d'inquiétude, jouent avec un ensemble merveilleux. N'importe, l'étranglement est sûr, le public de la première a commencé l'assassinat et la critique portera le dernier coup.

11 me reste à remercier les artistes, qui se sont montrés si vaillants au milieu de la tempête du 6 mai. Mademoiselle Lemercier, dans ce rôle si mal pris de Valentine, a été adorable de grâce et de finesse. Madame Faivre et mademoiselle Raymonde ont lutte, elles aussi, de talent et de courage. Quant à i\I. Geoffroy, il portait toute la pièce sur ses larges épaules, avec l'aisance et la bonhomie d'un grand artiste;; et je lui suis particulièrement reconnaissant de la fermeté qu'il a mise à lancer mon nom, au milieu des fureurs de la salle. M. Pellerin, M. Hyacinthe, M, Luguet, M. Bourgcotle, tous ont gagné la partie, lorsque je la perdais; je me sens ))lein de gratitude pour eux. Et merci enfin aux directeurs du Palais- Royal qui ont cru au Boulon de rose avec une foi ])lus ardente que la mienne,

l^n dernier mol. Le directeur d'une de nos grandes scènes subventionnées parcourait les couloirs en disant d'un air rayonnant ; « Eh bien ! fera-t-il encore de la critique dramatique? » Certainement, monsieur, j'en ferai encore. Je vous gêne donc bien? L'article où j'ai condamné l'usage f|ue vous faites de votre subvention pèse donc bien lourd sur votre I œur? En f|uoi un échec, qui m'est toul personnel, modifie-t-il les idées que je défends? Je suis par terre, mais l'art esl debout. Ce n'est ])as ])arce qu'un soldat est blessé que la bataille est perdue. Au li'avail. cl l'ccommcnçons !

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