SCENE II
RIBALIER, PUTOIS, puis FRANÇOISE
Putois, arrivant par le fond mystérieusement. — Monsieur !
Ribalier. — Hein?
Putois. — Vous m'avez dit de vous répéter tout ce que j'entendrais par rapport à madame 1
Ribalier. — Eh bien?
Putois, baissant la voix. — Il y en a un, là, dans le café, qui vient de dire à un autre : « La petite boulotte m'irait comme un gant. »
Ribalier. — Après?
Putois. — L'autre a répondu : « Faut se méfier... Elle donne dans la cavalerie. »
Ribalier. — Mais ce n'est pas de madame dont ils parlaient.
Putois. — Peut-être, je ne sais pas.
Ribalier. — Alors, imbécile, pourquoi me fais- tu peur?
Putois. — Dame ! vous m'avez dit d'écouter, j'écoute !... Lorsque j'entends causer d'une femme, je pense que c'est de la mienne ou de celle d'un autre.
Ribalier. — Il a raison... Oh ! ma pauvre tête 1 Trompez donc les femmes pendaat trente années, pour qu'une gamine vous tienne un jour sur les dents !
Françoise, accourant. — Monsieur, j'ai rencontré madame qui sortait du corridor... Voici madame.
Rebalier. — C'est bien... AUez'yà'Ivotre besogne. (Putois et Françoise sortent.)
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NALENTIXE, RIBALIER
Ribalier, à part. — Interrogeons-la prademmsnt.
Valentine, gaiement. — Vous ne savez pas? Je viens de retrouver uii ancien bon ami.
Ribalier. — Ah ;
X'alektine. — Il appelait Françoise, il avait un bouton à recoudre... Alors, j'ai vite couru chercher du fll.jesuis revenue dans sa chambre...
IUbalier. — Comment! c'est vous qui avez recousu le bouton?
V'alentine, ingénument. — Mais oui... Estce que j'ai mal fait?
Ribalier. — Non, non.
Valentinb. — On doit être aimable, n'est-ce pas? dans le commerce. Puis, avec un ancien bon ami, vous comprenez? (Gaiement.) Nous avons ri !... Il m'a embrassée pour la peine.
Ribalier, terrifié. — Il vous a embrassée 1... Vous vous êtes laissée embrasser !
Valentine. — Sans doute... Est-ce que j'ai mal fait?
Ribalier. — Fichtre !
Valentine. — C'était pour me remercier.
Un si vieil ami !... Le capitaine a quarante ans. Il m'a fait sauter sur ses genoux, chez ma tante !
Ribalier, soulagé. — Ah ! il a quarante ans?
Valentine. — Mon Dieu ! monsieur Ribalier, si j'ai mal agi, ne me le cachez pas... J'ai promis de vous écouter et de vous obéir.
Ribalier. — Je plaisantais, mon enfant... (7/ la fait asseoir devant le bureau.) Tenez, jetez un coup d'œil sur nos livres. Il faut vous mettre au courant... Reposez-vous, ne bougez plus de là.
Valentinb, feuilletant les livres. — Comme vous voudrez, monsieur Ribalier.
Rebalier, revenant, à part. — Il a quarante ans... Qu'est-ce que ça prouve? J'en ai bien (juarante-deux !... Elle se moque peut-être de moi. On ne sait jamais, avec ces ingénues... Le capitaine doit être le militaire que Brochard m'a signalé. L'instant est venu, je crois, de ne plus la quitter des yeux.