‹ Théâtre en proseChapitre 128 sur 143 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Les Prisonniers polonais, couchés sur la neige. ETIENNE,

étendu le long du mur à droite. Un SoLDAT GUICHETIER dans la loge dont la fenêtre est éclairée. MONSIEtJRL'ÉCHANSON, debout au fond.

Silence. Seulement des chansons et des rires, quelquefois, dans Tintérieur du bâtiment.

MONSIEUR L^ÉCHANSON, faisant quelques pas en avant.

Compagnon! (Etienne ne répond pas.) Etienne, — Etienne Boleski?

ETIENNE, en sursaut.

Me voilà. Non, ce n'est pas le bourreau. Pardon, ce froid m'appesantit. Vous disiez?

MONSIEUR L'ÉCHANSON

Rien. J'avais envie d'entendre une voix, la vôtre surtout qui m'est chère. A propos, vous savez, il parait que l'heure de Texécution a été rapprochée, — que c'est pour minuit.

ETIENNE

Bien.

:ii>^ THEATRE EX PROSE

Gai. oui. bien. Uc s;:c-?e. Pour minuit, a ÊJeime.: Quelle heure est-il?

L*hear« soane aa loin.

ÉTIEXXE

Écoutez.

MO-NSIEIR L ÉCHA>SOX

Onze heures, sans doute.

ÉTIE»'E

Comptez.

MONSIEUR L'ÉCflA>'S05 |

Non. J'aime mieux ne pas être sûr. Oh! je ne redoute pas le supplice. Mais mourir par une nuit d'hiver, glaciale... Jai froid jusque dans mes veines en songeant que mon sang va couler sur cette neige.

ETIENNE

N'importe î s'éteindre dans l'ombre, c'est au mieux. La clarté du réveil nous en paraîtra plus belle.

MONSIEUR L'ÉCUANSON

Vous êtes sûr de ce réveil?

Comme je suis sûr d'être pleuré par ma mère et par ma fiancée.

MONSIEUR L'ÉCUANSON

Je VOUS envie. A tout à l'heure.

ETIENNE

Un mot! Si Ton vous offrait de vous évader, que feriezvous?

MONSIEUR l'ÉCHANSON

J'accepterais.

ETIENNE

Même si vous deviez vous évader seul?

MONSIEUR l'ÉCI1A?JS0N, grave.

Même dans ce cas. En mourant, je ne sauverais pas mes compagnons; libre, je pourrais servir mon pays. La vie d'un brave est un bien commun. Mais pourquoi me demandez-vous cela?

ETIENNE

Pour rien. (Revenant vers la droite.) Je vaîs essayer de dormir en attendant Tautre sommeil. (Sétendant dans son manteau.)

C'est une chimère, j'ai mal compris le guichelier. De qui me viendrait ce secours?

(Un bruit de marteau, ejtérieureraent, contre la grande porte du fond. Le soldat guichetier sort de sa loge et va ouvrir.)

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