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SCÈNE PREMIÈRE

FRANCISQUÏNE, puis Le Garde

Francisquine, en chantant, balaie le trétean extérieur. FRANCISOUINE

Ma fille, veux-tu un houquet?

Ma fille, veux- tu un bouquet?

De marjolaine ou de muguet?

De marjolaine ou de muguet?

(Elle soulève le rideau, entre dans la baraque, commence à repasser, iiUT une petite table, les bardes de^Tabarin.)

Non! non!

Non, ma mère, non!

Ce n'est point là ma maladie, Gai ! gai ! Quelle mère j'ai, Qui n'entend pas le bonheur de sa fille.

Gai ! gai !

Quelle mère j'ai!

Qui n'entend pas le bobo que j'ai.

Mercy de ma vie! C'est une chose misérable d'être mariée à des ivrognes et à des gens qui n'ont d'autre soin que de la cuisine. Il y a quelque temps que je suis jointe par le mariage à Tabarin, il est toujours au cabaret. El les amants, que je crois, ne sont pas moins sols que les maris. Pour moi, j'ai un ami par amour, qui est le plus beau du monde ; et.il ne songe point à user du temps où je suis seule au logis pour me venir prouver ses flammes. Vénus m'est témoin, pourtant, que jamai's autant qu aujourd'hui je ne fus en état d'en endurer l'ardeur! Allons, voilà la marmite qui se renverse, — à cause que le feu

Là femme de TABARIX 327

dessous elle est trop vif. Ah! qu'elle a sujet d'avoir de la satisfaction !

(Elle va vers le fourneau, redresse là marmite.)

Ma fille, veux-tu un ami ?

Ma fille, veux-tu un ami?

Qui soit bien fait, qui soit joli?

Qui soit bien fait, qui soit joli?

(Elle prei>d leshardes de Tabarin, monte sur une chaise, les suspend au mur.)

Oai ! oui !

Oui! ma mère, oui!

Car c'est bien là ma maladie.

Gai! gai!

^ Quelle mère j'ai!

Elle entend bien le bonheur de sa fille.

Gai! gai!

Quelle mère j'ai !

Elle entend bien le bobo que j'ai.

(Le Garde, depuis un instant,' est entré par la petite porte, s'est approché à pas sourds; il prend par la taille Frapcisquine debout sur la chaise. F"rancisquine, sans le reconnaître, se retourne et lui donne un soufflet.)

LE GARDE

Par la mort-diable ! C'est une catapulte !

FRANCISQUINE

Quoi! C'était toi! Mon petit œil! Mon trésor! (ii récarte,

fâché; elle pleurniche, les mains à la joue.) Aïe! Aïe! COmme je

souffre à la place où je te fis mal! — Sur ma foi, je pensais que ce fût mon mari.

LE GARDE

Vous le frappez trop fort.

FRANCISQULNE

Je le frappe... comme je f aime î

(Elle lui saute au cou et le baise sur la joue.)

LE GARDE

Du baume sur la blessure.

FRANXISOUINE

Car je t'aime, étoile de mes yeux, pôle de mon cœur! Tu es si beau, que j'en reste étonnée. Dès que tu approches, je flambe aux rubis de ton nez, et je suspends une moitié de mon cœur à chacune des pointes de tes moustaclies I

LE GARDE

Vous êtes femme de goût.

FRANCISQUINE, en apportant une chaise.

Sieds-toi, (Elle se met sur les genoux du garde.) qUC je m'aSSOle.

roi de mes désirs! Empereur de mes pensées! lorsque je suis ainsi près de vous, et que je m'égratigne aux passementeries de votre habit, et que je frotte ma joue aux poils rudes de votre barbe rase, je ronronne comme une chatte qni se roule dans de la plume ! rou-ou! rou-ou! rou-ou !

LE GARDE

Pour moi, je ne ronronne point, occupé que je suis à boire de la crème !

(11 lui baise les bras; mais Francisquine prête roreille à un bruit lointain.) '

FRANCISQUINE

Chut! c'est mon ivrogne qui revient du cabaret. J'entends les violons dont il se fait escorter par la ville.

LE GARDE

Que le Maulubec le trousse!

FRANCTSQULNE

Partez, de grâce! car il est mauvais comme un cent de puces, et il nous en cuirait s'il nous trouvait ensemble.

LE GARDE

Eh! quoi! ne vous reverrai-je point?

FRANCISQUINE

Oh! que si. Tenez-vous dans les environs; tout à Theure, avant la parade où je joue, tandis qu'il questionnera le seigneur Mondor, et qu'il débitera les drogues, je vous ferai signe, psstt! psstt! et vous aurez tout le loisir de m'exprimer — par vos paroles — une passion à laquelle je ne suis, hélas! que trop encline à m'intéresser.

LE GARDE

Mais...

FRANCISQUINE

Le voici qui s'approche! A bientôt, mon vainqueur, mon géant, mon héros, mon Dieu — mon homme! (EUe le pousse il sort par la petite porte) Et maintenant, à nous deux, mon mari ! Par ma vertu, je m'ea vais vous faire voir combien il est malséant de troubler sa femme dans un entretien dont le commencement promettait un achèvement si doux. Est-ce la conduite, je vous prie, d'un honnête cocu, de rentrer au logis avant de l'être? Où est mon bâton?

(Elle cherche son bâton dans la baraque et le trouve tandis que Tabarin entre sur la place, suivi de deux Suisses, joueurs de violons, qui raclent une chanson à boire. Tous trois sont abomina blement gris.)

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