SCÈNE II
TABARIN, FRANCISQUINE, Les Suisses
TABARIN
Gomme j'étais au banquet
Bon birolet Et qu'on dansait à ma noce,
La mère au cousin Jacquet,
Bon birolet Me dit : votre femme est...
FRANCISOt'INE, apparaissant sur le tréteau.
Grosse... Bèteî Sac à vinT PendardI Brute immonde! D'où viens-tu ?
TABARIX
Ehî ne te fâche point!
(Elle est descendue, le poursuit, le pince, le mord, tandis qu'il fuit. Ils font le tour de la scène; les deux violons sotils se réfugient en arrière du tréteau, tomheut sur deu.x hautes chaises; ils continuent de jouer.;
FRA.NCISQUINE
Tu n'as point honte!...
TABARIN
FRANCISQL'INE TABAKIN
Oh! oh!
D'aller boh-e...
Hi!liil
FRANCISQUINE
Et de te mettre en cet état?...
TABARIN
Aïe ! aïe !
FRANCISQUINE
Sans te soucier de ta femme?...
TABARIN
Ahi!
FRANCISQUINE
Qui reste exposée aux entreprises des galants? Zeste, non pas de ma vie, tu mériterais...
(Elle lève le bâton sur lui. Les violons ont cessé de jouer.)
TABARIN, tombant sur les deux genoux.
Holà! Hé! Hi! Ohî ma petite femme! Oui, c'est vrai, c'est au cabaret que je suis allé, en compagnie du bon Monsieur Piphagne, qui m'avait dit : « Tabarin, me charo, mi te voglio pregar d'una difficultaë. » Et même le seigneur Mondor est ^resté sous la table. Mais je n'ai bu qu'en ton honneur, ma petite Francisquine, ma pelite Francis, mon joli petit quine gagné à la loterie de la destinée. Ne me mords point, ne me pince point, car tu sais bien quanto io t'amo !
' FRANCISQUINE
Bon! Tu me contes des fagots pour des cotte rets. Va, va, double jennin, de par le diable! Viens-t'en quérir du vin; cependant je me disposerai à manger mon potage.
(Elle remonte vers le tréteau, mais Tabarin la rejoint, lui prend la main; elle s'assied sur les marches extérieures.)
TABARIN
Point, mignonne àe miel! (Il se couche devant Francisquine.)
Je prends des torticolis sous tes petits pieds mal chaussés, comme ce grand cornard d'Hercules aux pieds de la princesse qui avait une tète de lion empaillée pour cornette de nuit, et je becqueté tes ongles fripons, ne plus ne moins que les moineaux becquetaient les raisins de Zeuxis, peintre d'Héraclée.
FRANCISQUINE, assise sur les marches et tournant le dos.
Tu as appris tous ces beaux discours dans la compagnie du seigneur Mondor et, pour moi, je n'y entends goutte.
TABARIN, un peu dégrisé, se levant.
Tu veux que je te parle autrement ? Écoute-moi, chérie. Le bouffon, l'ivrogne n'est plus, regarde l'homme, et sois bonne pour lui. Je t'aime ardemment, j'ai cette folie. Je t'ai rencontrée un jour, la tête près du trottoir, avec tes grands cheveux roux défaits; il m'a semblé que le
soleil était tombé dans le ruisseau. Je t'aime. Tu fais de moi, ce que tu veux. Comme je suis célèbre, il y a des femmes, peut-être, et des plus riches, qui auraient bien voulu de moi. Mais, je t'aime. (Se rapprochant.) Tes grands yeux ronds, ton nez#qui se retrousse et qui a Tair d'un oiseau posé sur ton visage, la queue en l*air, ta bouche qui s'ouvre toute grande et qui, lorsqu'elle m'est bonne, baise mes lèvres comme on avale une cuillerée de soup^, tout cela, et, tiens, tes bras nus, trop gras, me charme. Je suis un paysan, au fond. Ma souquenille, vois-tu, c'est une blouse. La parade, le fard, le chapeau qui me fut légué par Saturne, c'est pour les autres que ma bêtise fait rire; pour toi, je suis un niais, sans le faire exprès. Ote ma perruque, caresse mes cheveux. (Francisquine hausse
l'épaule et va s'asseoir sur un des bancs à gauche. Il la suivra de banc en
banc.) Veux-tu dcs pcndauts d'oreilles en or? Je t'en donnerai, et un collier de perles aussi. Quand nous aurons gagné beaucoup d'argent, nous partirons. J'achèterai une terre, comme un honnête homme. Nous aurons des voisins qui seront jaloux. Je n'aurai plus d'oraux galons de mon haut-de-chausses, mais lu en auras dans ta poche. Parce que je t'aime. Laisse-moi le baiser le cou. Tu n'as pas reprisé ta chemise, là, devant; tu as bien fait, c'est plus joli. Mais, loi, tu ne m'aimes pas. (ii se lève.) Sais-tu bien que souvent, lorsque n.ous jouons la farce où Tabarin, qui revient de la campagne, trouve un galant auprès d^ sa femme, sais-tu bien que souvent je crois que ce malheur pourrait m'arriver un jour, en effet? Il y a un garde de Monseigneur le cardinal qui rôde quelquefois par ici. Il me semble que je l'ai vu l'autre soir entrer par
la petite porte. Ah ! prends garde! (Francisquine, à ce mot prononcé d'une voix terrible, s'est effrayée; il se radoucit.) MaiS nOn,
j'avais bu, j'avais été au cabaret, avec Piphagne. Tu as un bon cœur. Tu ne voudrais pas me rendre malheureux. Ta chemise, comme cela, c'est très joli. Tu as engraissé, chérie!
FRANCISQLINE
Dis que je^uis une nourrice, tout de suite! (Eiie voit des
gens qui s'approchent; elle se lève et va vers la baraque.) AllonS, VlCnS
manger ta soupe.
Oui, si tu veux.
TABARIN
(Elle entre ; il la suit.)