SCENE VII MARTIAN, ANTOINETTE
ANTOINETTE
C'est moi, Martian.
MARTIAN
Juste ciel! vous-êtes là, vous! Ah! oui, vous venez voir votre œuvre? Réjouissez-vous. Elle est accomplie, au delà de vos souhaits. Je vais mourir et Lazare en mourra. Mais, vraiment, vous êtes imprudente. On ne pousse pas
à bout les gens désespérés. Savez-vous bien que je pourrais tous tuer?
ANTOINETTE
Mon Dieu, Martian, comme vous vous emportez tout d'abord! Ne sauriez-vous, avant d'accuser les gens, vous informer de leurs desseins? Qui vous dit que je ne sois point ici dans les meilleures intentions du monde?
MARTIAN
Vous?
ANTOINETTE '
Ehl oui, moi-même, qui suis très éloignée de posséder en effet la force d'âme dont j'ai voulu faire montre. Nous avons eu querelle ensemble, car, à bien considérer les choses, ce n'était qu'une querelle, et le courroux m'a égarée. Vous aurez éprouvé du moins ce que peut une femme offensée, et, à l'avenir, n'est-il point vrai? vous garderez quelque ménagement? Mais ce n'est point le lieu de s'expliquer là-dessus. On se repent de ce qui a été fait, et l'on vient vous tirer d'embarras.
MARTIAN
Vï)us me tendez un piège.
ANTOINETTE
Quelle idée avez- vous? Je viens vous rendre libre.
MARTIAN, avec joie.
Libre?
ANTOINETTE
S'il vous plaît de me suivre.
Libre! Mais par elle! oh! non.
ANTOINETTE
Tandis que vous me maudissiez, je m'occupais à
mériter votre reconnaissance. Le plan d'évasion est fort bien conçu. Il m'a fallu, il est vrai, me résoudre à une extrémité dont je serai certainement blâmée, mais que ne fait-on point pour les personnes à qui Ton s'intéresse?
(Entre Lazare par la galerie au fond; il s'arrête.) MARTIAN, très perplexe.
Vous pourriez, vraiment, me délivrer?
ANTOINETTE
Faut-il perdre le temps à le redire? Hâtons-nous seulement.
MARTIAN
Non, je ne veux pas. Fuir est une lâcheté!
ANTOINETTE
Rester est une folie.
MARTIAN
N'importe, attendons, je ne suis pas condamné encore!