‹ Théâtre en proseChapitre 21 sur 143 · SCÈNE YIII MARTIAN, ANTOINETTE, LAZARE · texte numérisé non relu

SCÈNE YIII MARTIAN, ANTOINETTE, LAZARE

Toute cette scène très rapide.

LAZARE

Tu vas l'être. Si tu peux fuir, fuis. Merci, Sabine.

C'en est donc fait?

LAZARE

Les juges délibèrent. Je ne sais rien, je crains tout,

ANTOINETTE

Venez donc, le temps presse.

LAZARE

Elle a.raison. On peut entrer ici à tout moment.

MARTIAN

Mais, si je fuis, je m'avoue coupable. J'évite la mort, non le déshonneur.

LAZARE

Je ne sais plus ce que c'est que l'honneur, depuis que tu n'en fais plus cas! Mais je sais qu'on te tuera, et je ne veux pas qu'on te tue.

MARTIAN

Soit. Je fuirai, (a Antoinette:) Quel est votre projet?

LAZARE

Oui, parle.

ANTOINETTE, en montrant la porte.

Il vaudrait mieux...

Non, expliquez-vous d'abord.

ANTOINETTE

Eh bien ! Maguelon a tourné la tête au soldat qui est derrière cette porte. Sur l'escalier, personne. D'ailleurs, vous me donnerez le bras. On vous prendrait pour Lazare.

LAZARE

C'est possible, après ?

ANTOINETTE

Ma chaise est dans la cour, au bas de l'escalier, vous montez et fermez un rideau, celui de droite, du côté de la sentinelle. Quant aux porteurs, ils sont à nous. Ils vous conduiront... Mon Dieu! Je crois qu'on vient. N'entendez-vous pas?

MARTIAN

Non. Continuez. /

ANTOINETTE

Voyez donc, Lazare» c'est de ce côté, je pense. (Lazare,

sur rindication d'Antoinette, va vers la porte du fond. Antoinette continue

d'une voix basse et rapide .) Ils VOUS Conduiront à Tauberge de l'autre soir. La nuit venue, vous gagnerez, déguisé, la porte de Luxembourg. Moi, par Lazare, je saurai le mot de passe, et nous rejoindrons ensemble l'armée royale, où j'ai des amis.

Ensemble!

ANTOINETTE

Eh ! je ne vous sauve pas pour vous perdre !

MARTIAN

Vous êtes une infâme! (Dune voix forte:) Lazare I

LAZARE

Personne encore, partez.

MARTIAN

Je ne pars pas!

LAZARE

Mais tu es fou, malheureux!

MARTIAN

Je l'ai été! Lazare, veux-tu savoir pourquoi je ne disais point oij j'ai passé la nuit d'hier?

LAZARE

Ah! parle enfin, Martian! Pourquoi?

MARTIAN

Parce que, cette nuit-là...

ANTOINETTE

Parce que cette nuit-là?...

LES FRERES D^ARMES Kl

Achève, tu es sauvé!

ANTOINETTE

Et Lazare, certainement, sera fort satisfait.

(Martian est en proie à une émotion terrible. Ses yeux vont d'Antoinette à Lazare.)

MARTTAN, avec un sanglot.

Non ! non ! je ne puis pas dire I Alle;L-vous-en tous deux, et laissez-moi mourir en paix I

LAZARE

Mourez donc, mourez seul. Vous êtes pire qu'un traître et qu'un assassin, vous êtes un faux ami. Vous pouviez, d'un mot, sauver votre honneur, qui était le mien; vous n'avez pas dit ce mot. Vous jpouviez, en fuyant, préserver du moins votre vie^ qui était la mienne; vous n'avez pas voulu fuir. C'est mal. J'oublie notre jeunesse unie, nos combats fraternels. Viens, Sabine, cet homme est un coupable, je ne le connais plus.

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