‹ Théâtre en proseChapitre 72 sur 143 · UN DES SERVITEURS · texte numérisé non relu

UN DES SERVITEURS

Monsieur Tintendant, Excellence.

ELISABETH

Rhodzko?

LE SERVITEUR

Monsieur Rhodzko, oui. >

RHODZKO

Mon zèle pour le service de votre Excellence est la seule cause de ma faute ; je n'ai fait que prévenir des ordres probables. Ces murs tendus de noir auraient paru d'un fâcheux augure à Monsieur le Comte le jour ou il rentre dans sa demeure.

Le comte revient!

RHODZKO

Vous l'ignoriez, madame?

ELISABETH

Quelle idée avez-vous, Rhodzko? J'attendais votre maître. N'étiez-vous pas là, il y a un instant, quand j'ai promis son retour à nos hôtes? Mais je croyais bon que le comte tout d'abord nous retrouvât fidèles à nos vieilles coutumes. Vous avez mieux pensé peut-être. (Aux serviteurs :. Continuez. (Aiécart, très troublée;) Saus m'avoir prévenue? Il a écrit à cet homme, et ne m'a pas écrit? Ohî la lettre se sera égarée. Qu'importe, d'ailleurs, il revient! Pourquoi donc ne suis-je pas heureuse, tout à fait heureuse? Mais si, je le suis. Ce que je prends pour de l'inquiétude, c'est de la surprise. Et puis, c'est que mon fils n'est pas là. Etienne! Etienne!

i90 THEATRE EN PROSE

ETIENNE

Mère!

ELISABETH

Ah î tu lui ressembles, je t'adore! Écoute, tu ne sais pas? tu vas voir ton père. Ah! c'est Notre-Dame qui m'a inspiré mon serment tout à l'heure. Tu vas voir le castellan de Mikalina, ton père ! C'est un fier gentilhomme, un magnat. Mais ce n'est pas un vieillard comme Monsieur le Staroste. Il est jeune, il est beau; ah! il est charmant. Fais bien attention à ce que je vais Rapprendre. Dès qu'on aura baissé le pont, dès que les trompettes auront sonné comme pour la bienvenue d'un prince, toi, entre la double haie des serviteurs, tu marcheras le premier, avant moi! Car enfin tu es le petit seigneur de tout ce grand domaine ; et d'abord tu baiseras la main du maître, puis, en courbant les genoux, et les yeux baissés, lu lui diras... Retiens bien ce qu'il faut dire.

Oui, mère.

ELISABETH

Tu lui diras : « Monsieur le Castellan... »

ETIENNE

Monsieur le Castellan...

ELISABETH

(c C'est une faible voix qui salue votre bon retour... »

ETIENNE

C'est une faible voix...

ELISABETH

« Qui salue... »

ETIENNE

Qui salue...

ELISABETH

Ah! tiens, non, je suis folle, tu lui diras : u Mon père »

et tu lui grimperas aux jambes pour te pendre à son cou I Mais oui, c'est vrai, je suis folle, folle de garder ces habits de deuil. Je ne suis plus une veuve à présent. C'est une robe de noces qui me sied aujourd'hui. Viens, mon Etienne, nous nous habillerons, je veux me faire belle, je veux te faire beau, pour qu'il soit fier de réponse que je lui ai gardée et du fils qu'il m'a donné.

(Elle monte vivement les marches. Au moment d'entrer dans le château, son fils entre les bras, elle s'arrête brusquement.)

RHODZKO

Qu'avez-vous, Madame?

ELISABETH

Rien. Cette croix blanche et noire, je ne m'attendais plus à la voir. Mais retirez-les donc, tous ces présages funestes, puisque je vais être heureuse !

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