SCÈNE VU
Dans la chambre de la Bombinella.
ANTONIO, BOMBINELLA
ANTONIO
Nous sommes seuls, bien seuls, et sous le rideau noir Notre lampe pâlit comme une fleur fanée ; Lève, rose d'amoijr, ta tige déclinée.
Regarde-moi, ma blonde, et laisse-moi te voir.
Oh ! les lourds cheveux d'or qui descendent la pente Molle de ton échine en ruissellements blonds. Fleuve qui de la nuque aux chevilles serpente, Rayons, tant ils sont beaux, ombre, tant ils sont longs!
N'as-tu pas vu, le soir, sous les pins qui murmurent, S'abattre un large vol d'oiselets en émoi?
Entends-tu sur ton front mes lèvres qui susurrent? C'est un vol de baisers qui plane et fond sur toi.
Sais-tu que j'ai laissé seule, dans la mansarde,
Et sur l'oreiller veuf appuyant son front las,
Fideline qui m'aime et m'attend et regarde
L'heure, et dit en pleurant : a Pourquoi ne vient-il pas? »
. -i elle le bal me tordait dans ses fièvres, '"'--.e qui met des ailes aux pieds lourds, .3, des cœurs, des sens, des âmes et des lèvres 1 long baiser tourbillonnant toujours!
Une femme passait, buste mi-nu, chairs blanches,
Vision qui, parmi la foule, étincelaî...
Et la valse gonflait son sein, cambrait ses hanches,
— Je demandai son nom : « C'est la Bombinella! » *
C'était au bal aussi que je vis Fideline :
Une fleur bleue ornait son corsage fluet, Elle dansait pieds nus au bas de la colline,
— Je demandai son nom : « C'est la fille au bluet. »>
Comme l'atoour s'en va vite du cœur, — et çerte, . Lorsque Ton dit ; toujours, on ne croit pas mentir, Mais l'amour en entrant laisse la porte ouverte. De sorte qu'il n'a plus qu'à vouloir pour sortir...
BOMBINELLA
mon Antonio, je t'aime et je t'enlace, Et je tremble toujours de te voir m'échapper. Un baiser, mon amour! — Reprenez votre place; Antonio, je t'aime, — achevons de souper.
ANTONIO
Le vin tressaille et rit quand ta lèvre le touche, La coupe de cristal a frémi sous tes doigts,
— Une goutte s'arrête au coin de votre bouche : Dis, veux-tu que la mienne aille l'y boire?...
BOMBINELLA
ANTONIO
Bois.
Le lacryma-christi mêle dans notre verre
La lave du Vésuve aux larmes du Calvaire.
Vois-lu ses flots dorés moins blonds que tes cheveux?
CÙMBLNELLA
As-tu soif?
ANTONIO
^ Soif d'amour.
BOMBINELLA
C'est fort bien, mais je veux Souper d'abord, j'ai faim. Vois donc, la lampe éclaire A peine.
ANTONIO
Aux amoureux l'obscurilè doit plaire.
Mais je compte, depuis que ton regard me luit, Deux étoiles de moins au front bleu de la nuit, Ange, et de tes clartés les ombres vont se teindre!
BOMBINELLA
As- tu faim?
ANTONIO
Faim d'amour.
BOMBINELLA
La lampe va s'éteindre !
ANTONIO
Bombinella?...
BOMBINKLLA
Plus tard.
ANTONIO
Ma belle amie?...
BOMBINELLA
Attends!..
ANTONIO
Chère âme!.. .
BOMBINELLA
dans les bras d'Antonio
Antonio, nous avons bien le temps, SCÈNE VIII
Devant la maison de Bombiniïlia,
^/ FIDELINE
r II avait une femme à son bras, — oh! qu'il sorte.
Son pied me heurtera, gémissante, à la porte, i,. Comme un chien qui, battu, navré, prêt à mourirj ^ Jappe lugubrement pour qu'on lui vienne ouvrir 1