‹ Théatre en versChapitre 11 sur 103 · LA PENSÉE D ANTONIO · texte numérisé non relu

LA PENSÉE D ANTONIO

r Nue et posée ainsi, cette femme est superbe,

I Mais elle sent la fille à soulever le cœur,

\ — O mes rêves d'amour, est-ce là votre pôle?

BOMBINELLA.

Mets la main dans ma main, ton front sur mon épaule, Viens, laisse tes beaux yeux mourants se clore, et pour Te bercer, je connais une chanson d'amour!

Nez au vent, cœur plein d'aise, Berthe emplit, fraise à fraise, Dans le bois printanier.

Son frais panier.

Les déesses de marbre La regardent sous l'arbre D'un air plein de douceur, Comme une sœur.

Et dans de folles rixes Passe l'essain des Nixes Et des Eîfes badins Et des Ondins.

LA PENSÉE d'aNTONIO

Virginité, candeur neigeuse Qui fond à l'amour triomphant.

Charme, éruption radieuse De la femme hors de l'enfant!

Dans Tœil étonné qui s'éveille Les éblouis^ements du jour, L'aurore qui n'eut pas de veille.

L'amour de qui n'eut pas d'amour!

LA PENSÉE DE BOMBINELLA

. Jans les tripots et buvant dans les bouges, lâchant la bride à leurs vices fougueux, 'paisse^ mentons poilus et trognes rouges, Naple, il est de robustes gueux 1

40 THEATRE EN JERS

BOMBINKLLA

Un Elfe dit à Berthe :

« Là-bas, sous Tombre verte, Il est dans les sentiers De beaux fraisiers. »

Un Elfe a la moustache Très fine et l'air bravache D'un reître ou d'un varlet, Quand il lui plaît.

<( Conduisez-moi, -dit Berthe, Là-bas, sous l'ombre verte, Où sont dans les sentiers Les beaux fraisiers. »

LA PENSÉE d'aNTONIO

la fleur que nul n'a froissée Et les fruits que nul n'a goûtés !

La valse que nul n'a valsée Et les airs que nul n'a chantés !

O tes tressaillements intimes, Nerveuse sensitivité Printemps du cœur, neige des cimes, Trois fois sainte virginité !

LA PENSÉE DE BOMBINELLA

des contacts puants inexprimables extase!

Beauté du lait, parfum des noirs égouts, splendeur Des ténèbres, dégoûts altérants, soif de vase, Quand la beauté se vautre au bras de la laideur!

LE nOMAN D'UNE NUIT"

LA PENSÉE d'aNTOiMO

Le lit est blanc^ blanche la joue, Et j'ai vu sur ses dents passer Sa langue rose qui se joue; Son rire appelle le baiser ;

. Et moi j'hésite et la contemple Soucieux, prêt à m'écrier :

-- Ta beauté, femme, c'est un temple Où seul j'aurais voulu prier.'

BOMBÎiXELLA

Leste comme une chèvre, Berthe courait. « Ta lèvre Est un fraisier charmant, »

Reprit Tamant.

« Le baiser, fraise rose, Donne à la bouche éclose, Qui le laisse saisir.

Un doux plaisir.

— S'il est ainsi, dit Berthe, Laissons sous lombre verte, En paix dans les sentiers Les beaux fraisiers. )>

Antonio, j'ai soif, fais-moi passer mon verre.

ANTOMO

Entre tes bras de marbre, ô charme ! je me serre / -^ bien ainsi, ma blonde, et comme c'est

^ Je sentir qu'on aime, et comme l'âme

- .^ô étend dans l'amour! On ne sait

' : vin, céleste ou terrestre dictame,

42 THEATRE EIV VERS

Regard de femme, ou bien de l'amour éternel

Un reflet idéal figé dans le réel ;

Mais l'être ravivé s'épanouit en joie!

Se noyer dans l'ivresse et sentir qu'on se noie,

Faire éclore son cœur, bourgeon chétîf et nu,

Au fécondant soleil d'un avril inconnu ;

N'être qu'un, et pourtant sentir qu'on est deux : être -

Deux et sentir que l'on n'est qu'un...

On cternue dans la pièce voisine.

Flamme et salpêtre!

Nous sommes trois !

BOMBÎNELLA

, Qu'as-lu donc à crier ainsi?

ANTONIO

N'as- tu pas entendu?

BOMBINELLA

Bon! sans doule la porte Qui se plaint sous le vent. Et puis que nous importe, Ma chère âme !

On ôternue de nouveau.

ANTONIO

Par tous les saints du paradis, ' , ■

Cette fois j'en suis sûr!

BOMBINELLA

Qu'est-ce encor?

ANTONIO

Je te

Que quelqu'un est cacht^ là. Qu'il prenne soin d'être, Je lavertis, enfaiiL ou vieillard, femme ou prêtre, S'il ne veut pas sortir cadavre l

Il se précipite.

BOMBLNELLA

Il devient fou I

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