‹ Théatre en versChapitre 12 sur 103 · PIERROT, ANTONIO, GIANGLRGOLO, LE MOINE, BRIGHELLA, LE BOUFFON · texte numérisé non relu

PIERROT, ANTONIO, GIANGLRGOLO, LE MOINE, BRIGHELLA, LE BOUFFON

PIERROT

Un moine, deux voleurs, un bouiïon, — quatre fousî Et nous deux, cela fait une demi-douzaine Un compte rond.

LE BOUFFON

Fort bien, messieurs, mais pour ma part Je réclame.'Je fais de la folie un art, Un gagne-pain. Aux uns nuisible, elle m'est î^aine. J'en vis, vous en mourez. Voyez! le fait est clair : Gentilshommes tous deux, du moins en ayant Tair, Vous allez sans vergogne expo?^er votre vie Pour qui? pour une femme, el quand vous vous serez Vilainement troués la peau, défigurés, Morts"peut-être, n'importe I elle en sera ravie, Car Naples parlera de ce duel tout un soir Et cela peut servir d'enseigne à son boudoir. Quand il^m'advient d'avoir dispute pour ma belle, Si parfois je me bats, je me bats avec elle, A grands coups de bâlon sur son dos, — et ma foi, V^ous êtes, [messeigneurs, beaucoup plus fou" ~~

Désignant Brighella et Giangurgrilo :

Ceux-ci, je les connais tous deux de lûni>:ue ^ Gentilshommes de l'ombre et mignons de la ^

De longs jeûnes leur font une maigreur de datte Sèche, regardez-moi : je suis rond comme un muid. C'est justice! La dague est leur outil, mes armes

Montrant sa marotte :

Les voici; la gaieté m'accompagne, eux, Teffroi.

Il vaut mieux monnayer le rire que les larmes.

Vous êtes, maîtres gueux, beaucoup plus fous que moil

Au moine :

Quant à toi, frère Jean, qui fais le bon apôtre, Et qui, la nuit, furtif, t'en vas dans les tripots. Payer Tamour, piper les dés, casser, les pots î Chanteur de gros refrains, diseur de patenôtre, Ce que tu fais est bête et vil! prêtre sans foi, 'Débauché lâche, sois, vraiment chaste ou sans gêne Vicieux! Pas de froc au dos de Diogènei Vous êtes, frère Jean, beaucoup plus fou que moi.

Ce bouffon a du sens.

PIERROT ANTOMO

Messieurs, le temps se passe.

PIERROT

Je suis tout prêt.

ANTOMO

Allons

LE MOINE

Considérez Le Ciel...

un

Hé! messeigneurs, peu ce que vous faites là!

de

grâce

ANTONIO

Va-renl

LE MOINE

L'Enfer...

i'. PIERROT

% Arrière,

LE MOINE GUNGURGOLO

Holà,

Le moine, bouche close.'

ANTONIO

En garde 1

LE MOINE

OCiell

PIERROT

En garde J

LE MOINE

Avez-vous entendu ces cris rauques?...

Au LouffîïD t

Regarde.

Les hiboux volent. C'est un avertiÊsement.

LE BOUFFON

Oui, la mort sur nos fronts plane lugubrement. L'oiseau de nuit, qui flaire un bon souper, s'éch^j

LE ROMAN Oa'NE NUIT 47

De son trou, — que la mort le scn e promplement, Le convive est à jeun, la neige a mis la nappe,

BRlGHELiA

Tête et sangl monseigneur, un beau coup.

LE MOINE

Oh ! grand Dieu I

LE BOUFFON

Si Ton ne perdait pas, aimerait-on le jeu?

Et supporterait-on l'ennui de cette vie,

Si Ton ne pouvait pas se tuer quelque peu?

GIANGURGOLO

L'admirable combat!

BRIGDELLA

J'en Ai l'âme ravie.

LE BOUFFON

C'est une chose très divertissante.

LE MOINE

Hélas!

Ce spectacle est affreux !

PIERROT

Monsieur, vous êtes las, ous.

^NTOMO

Du tout, achevons!

PIERROT

A votre aise î

Le duel, uq instant interrompu, recornmence. Tout à coup Pierrot et • Antonio tombent avec deux grands cris.

Tous les deux !

GIANGrR<50L0

BRIGUELLA

Minutes.

A la fois !

LE BOUFFON

Le duel a "duré treize

LE MOINE

Ah! le ciel. va s'écrouler sur nous!

Sont-ils morts?

LE BOUFFON

GlANGURGOLO

palpant le corps d'Antonio

A peu près.

BRIGflELLA

considérant le cadavre de Pierrot

Mon Dieu! les jolis coups!

La lame a traversé Pierrot jusqu'à la croupe. De son ventre entaillé, c'est curieux à voir, Il jaillit une soupe épaisse de sang noir, De pus, d'humeurs, et ri\me en sort avec la soupe.

GlANGURGOLO

L'autre râle. Sa bouche au contour grimaçant Semble un grand œil ouvert qui pleurerait du sang.

LERQMAN D'UNE NUIT 49

LE- BOUFFON

Les morts sont très vilains : la brise qui les frôle S'effraye, et le ciel bleu qui les voit se fait gris.

BRIGUELLA

Maintenant, que faut-il faire?

LE nOUFFON

A chacun son rôle.

Moine, priez; voleurs, volez; toi, bouffon, ris!

(.lANGL'RGOLO

désignant les deux cadavres

Lequel veux-tu?

BRIGDKLLA

Choisis loi-même.

LE MOINE

Ave..

LE BOUFFON

Vous êtes

A vos postes.

GIANGLRGOLO

fouillant Pierrot

De l'or !

LE BOUFFON

Après vous les chouettes.

^vUS, d'appétits funèbres dominé, - nocturne veut son tour et crie aux hommes ^u! hu Ui lu! hâtez-vous donc, nous sommes

50 THEATRE EN VEHS

nRlGilELLA ,

Un anneau d'or!

CTAxnuurrom

Un collier!

^ LE MOINE

Domine^ Parce nobis!

LE TJOUKrO>*

Fort bien! une phrase latine Fait grand plaisir à Dieu, * *

BRIGTIELL.1

Ce moine me laquine, Il nous prend tout.

GL^^<iURGOL0

Va-t'en si tu tiens à les osl Sinon je prends ce corps et te brise le dos Sous ce maillot de chair inorle!

LE IlOUFFON

Certes, nous sommes Des marcheurs déviés de tout bien, de ces hommes Funestes dont on fait le;^ forf^als ou les roisi Mais ce moine est encor plus hideux que nous trois.

nRînuELiA Que ferons-nous des corps?

LE BOUFFON

Cette maison est pr<.

Portons-les ! Moine, allons, referme ta sacoche,

Tu compLeras demain 1 argeat t^iie Lu volas..

>. Ils emportent les cadavres.

Soutenez-lui les pieds, je porterai la tête.

Morts pour une catin, que la jeunesse est bête ! Vrai Dieu ! j'en pleurerais, si je n'en riais pas. >

Exeunt.

Page 1