‹ Théatre en versChapitre 64 sur 103 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

Les Mêmes, ORLANDA, en apparat royal, somptueuse et charmante, appuyée sur l'épaule de CHIARINAî derrière elle, toute La CoUR, avec des DaNSEURS et des PaGES; LES MuSICffiNS sur les estrades.

de loin

Restez.

Elle descend quelques marches.

Je veux vous regarder en face pour connaître A quel signe du front se lit Fâme d'un traître! Si je rencontre un jour dans mes chasses des bois Une bête à Tœil faux, frémissante, aux abois, Qui guette obliquement et rampe et se retire, Je veux, en la voyant si lâche, pouvoir dire : « Ceci, c'est un renard » — me souvenant de vous!

Les quatre hommes se détournent vers la droite. Giorgio d'Ast apparaît sur la terrasse, il observe, il écoute la reine.

Quoi! sans un but hautain, sans haine, sans courroux,

Pour quelque dignité qu'on m'a mal demandée,

-^ Il fallait me prier, j'aurais changé d'idée, —

Pour un titre ou de l'or que Ton vous proposa,

Pour être les valets du cardinal Sforza,

Pour les reliefs du crime où ce prêtre s'attable,

Vous osiez contre moi ce complot détestable !

Contre moi, souriante et frêle, que Dieu met

Sur le trône comme une fleur sur un sommet,

Et pour qui, malgré tout le fier bruit qui m'acclame,

La couronne de reine est un bijou de femme!

Plus près :

Eh! c'est bien pour cela que vous avez osé!

Les malfaiteurs couards aiment le crime aisé, Sans péril de revanche, et qui s'offre, à portée; C'est aux Brutus qu'il faut la chute ensanglantée Des Césars presque dieux, et leur rébellion Met les griffes du tigre au ventre du lion !

Mais vous, furtifs, adroits, votre rage sournoise S'en prend à moins hardis que soi, ne cherche noise Qu'à coup sûr, et veut bien du renom triomphant Qu'on gagnerait à battre, étant homme, une enfant! Pourtant, tremblez. L'enfant, qui ne tient pas Tépée, Et s'émeut rien qu'à voir une tige coupée.

Peut faire signe à ceux qui d'un bras rude et prompt Lèveront sur les cous la hache et frapperont!

Aux courtisans et aux folles :

Ça, cousines, et vous, mes compagnons de joie,

J'ai des jongleurs français vêtus d'or et de soie.

Et des nains cordouans couchés sur les carreaux,

Des chanteurs, des danseurs, — si j'avais des bourreaux!

Si les billots sanglants s'adossaient aux estrades

D'où le rythme des luths mène les mascarades?

Et, pour mieux achever le ballet que régla

Castiglione, si je vous faisais voir, là.

Sur ces marches de fleurs et de feuilles jonchées

L'affreux sautèlement de leurs têtes tranchées !

Aux conspirateurs qui ont tressailli.

Mais non, rassurez-vous!

Aux autres :

Ils avaient déjà peur!

Au milieu du thé&tre .

hafapd qu'enveloppe une rouge vapeur

Est comme un piédestal horrible de la faute ; Du plus bas criminel la tête y paraît haute; Et vous ne valez pas que Ton vous daigne offrir L'excuse d'avoir l'air, lâches, de bien mourir! — Puis, ce complot d'enfant, par son étourderie, Échappe au châtiment et vaut que Ton rie.

Gageons que vous aviez dans vos pensers profonds Uespoir d'être effrayants... vous n'êtes que bouffons! Et vous n'aurez pas même interrompu la fête.

Venez, folles! afin que justice soit faite, Viola, Violette, et Violine aussi.

Je vous donne à juger les hommes que voici!

VIOLA

Jamais crime si noir n'eut tribunal si rose !

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