‹ Théatre en versChapitre 53 sur 212 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

FLAMMEOLA, ZYTHOPH.iNÈS

Ah! cher, ces mots vieillis que nous venons d'entendre, Le cœur, l'amour, combien tout cela me paraît Loin de moi, misérable et sans nul intérêt. Près du beau rêve auquel Johannès me convie?

ZTTHOPHA^ÈS

Tout cela cependant, vois-tu bien, c'est la vie.

Et le beau rêve où ton Johannès t'appela,

Malgré ce qu'il en dit, c'est encor tout cela.

Tu ne t'en doutes pas, ni lui; mais moi, vieux sage,

Muet, vous observant, j'entendais au passage

Sous le lac où voguait votre concert serein

Tout cela bouillonner en volcan souterrain.

Tu te laisses bercer à sa chanson sonore.

Moi, j'en comprends le sens, que lui-même il ignore.

Son Dieu nouveau, qu'il croit miséricordieux,

N'est que l'antique Eros, le premier né des dieux,

Le plus cruel, Eros, fleur de l'horreur sacrée,

Fils du Chaos, l'Amour, dieu qui tue et qui crée,

Dieu par qui tout naît, meurt, renaît incessamment.

Depuis les astres d'or dans le haut firmament

Jusqu'aux obscurs désirs au fond d'une âme humaine,

L'Amour dont tout jaillit, à qui tout se ramène.

C'est lui, je l'ai vu, moi, l'implacable bourreau.

Qui vous tourmente ici tous, elle par Latro,

Latro par toi, toi-même enfin par ton apôtre.

Et vous jette au hasard ainsi l'un contre l'autre,

Tous dans la lutte, mais tous en marche vers lui.

Ne t'en plains pas. Esprit captif du noir ennui,

Eros charmant, aux doigts lumineux, te délivre.

Victime résignée à mourir, tu vas vivre.

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