‹ Théatre en versChapitre 64 sur 212 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Kemplis-tu ton devoir d'apôtre dans ce cas. Pouvant me convertir cl ne le voulant pas?

Est-ce un noble désir prouvant un cœur qui m'aime, Celui, pour te sauver, de me damner moi-même?

Mon salut et le tien ne sont pas seuls en jeu.

Songe, si tu me fais chrétienne, songe un peu

De combien d'âmes, par ma féconde entremise,

La moisson glorieuse et sainte t'est promise.

Non, ne prends pas ces mots pour de l'orgueil mauvais I

Écoute mes raisons et ce que je rêvais

Et comment, si tu veux m'en tendre, tout s'arrange.

Tu n'as jusqu'à présent pour la céleste grange

Glané que des épis perdus, esclaves, gueux,

Gens de rien... .\h! je sais, je sais, je vaux moins qu'eux,

Sans doute... Mais n'est-il pas vrai que mon exemple

Germerait en moisson plus superbe et plus ample'.'

Fille d'un sang fameux depuis les temps anciens,

J'amènerais à Christ, moi, des patriciens,

Des riches, des puissants, peut-être mieux encore,

César lui-même! .\uprès de César qui m'honore

.l'ai libre accès. Je peux t'en obtenir le droit.

La vois-tu, la moisson qui s'apprête et qui croit?

César gagné par Christ et lui gagnant l'empire.

Voilà quelle est pour toi l'œuvre immense où j'aspire;

Et puisque à l'accomplir par moi ton Dieu t'élut,

Tu dois y risquer tout, jusqu'à notre salut,

Car c'est un pauvre enjeu que mon àme et la tienne

Près de l'humanité tout entière chrétienne.

JOnASSKS, rêveur, puis enthousiaste.

Oui sait, pourtant, qui sait?... Dans mon ciel agrandi famais un horizon plus beau n'a resplendi. ]ésar, l'omnipotent César, catéchumène!

j^ue de maux épargnés à la soulfrance humaine ! Juel chemin raccourci, doux, sous des jours sereins, Vu lieu des noirs sentiers longs aux las pèlerins!

1Q LA MARTiRE

Troupeau maigre, troupeau de brebis lamentables, Comme tu remplirais les célestes étables. Riche, heureux, vite accru, si le divin pasteur Avait ainsi César pour premier serviteur!, Et c'est moi qui l'aurais conquis à son service!

FLAMMEOLA, lour à tour pressante et soumise.

Oui, toi, mon Johannès. Et par le sacrifice De peu de chose. Rien qu'un moment d'abandon ! Rien que me dire un mot de pitié, de pardon. D'espoir... Non, pas d'espoir! Je suis trop exigeante... Mais de tendresse au moins, qui soit encourageante. Et ne me livre pas au désespoir non pUis... Par exemple, ceci, tiens, que pour ses élus Christ admet d'autres lois que celle dont je pleure, Qu'un jour, je ne sais quel, ni quand en viendra l'heure, Plus lard, oui, j'attendrai tant que lu le voudras, Mais qu'un jour, tu pourras enfin m'ouvrir tes bras, Et sans pécher, sans être un objet d'analhème. Sans qu'il en soit jaloux, me murmurer : je t'aime!

JOHASNÈS, trislcment.

Je ne pourrai le faire et l'aimer sans remords

Que dans le sein de Christ, lorsque nous serons morts.

Encore plus tristement, llélas !

FI AMJIEOLA, joyeuse et timide à la fois.

Tu (lis (( hélas! » Est-ce un regret?

JOHANN'f;S

Peut-être.

Car nul n'est aussi pur qu'il voudrait le paraître. Mais, qui sait, après tout, si mon devoir n'est pas De marcher vers ce but où tu tournes mes pas? Oui sait si ce n'est point le vrai crime, au contraire. Un tel devoir s'offrant à moi, de m'y soustraire? Préférer au salut du monde ton salut, Apôtre, c'est à quoi ta charité conclut! 0 Christ, inspire-moi. Dieu de mi.séricorde ! 11 demeure silencieux.

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