‹ Théatre en versChapitre 80 sur 212 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

FLAMMEOLA

Ils n'ont pas, en effet, la laideur des démons.

Ces dieux charmants, ces dieux joyeux, que nous aimons.

ZYTHOPHANÈS

Quelques-uns même ont une efligie exemplaire Dont la majesté haute est faite pour te plaire : Jupiter, aux sourcils que fronce l'équité, Foudroyant les méchants d'un éclair mérité.

FLAMMEOLA

Diane, d'un coup d'oeil, même chaste, offensée..

ZyTHOPIIAXÈS

Et l'austère Minerve au front lourd de pensée.

FLAUMEOLA, debout et s'exallant peu à peu.

Tous, d'ailleurs, jusqu'aux moins sévères, tous sont beaux,

Tous, de ce monde obscur, ils étaient les flambeaux :

Phœbus apparaissant aux crêtes des collines

Pour verser dans l'azur l'or de ses javelines,

Du haut de son quadrige au grand vol emporté.

Dont les chevaux ont pour crinière la clarté

Et des gouffres flambant de rubis pour narines ;

Et Bacchus, couronné de grappes purpurines,

Bacchus, consolateur des soucis orageux,

!*ère du vin, des chants, de la danse et des jeux;

Et Vénus Aphrodite enfin, au corps de perle,

lors des flots dont l'écume autour d'elle déferle,

^ui surgit, les seins nus et le ventre au soleil,

)ans ses cheveux flottant comme un manteau vermeil.

/énus dont le sourire entrevu met en fêtes

ie monde entier, les dieux, les hommes et les bJtes,

''énus dont le regard est la splendeur des cienx,

Çtant fait de tous les regards de tous vos yeux,

îternels suppliants de Vénus éteruelle,

imoureux éperdus qui vous fondez en elle !

S'apercevant qu'elle s'est trop enlhousiasmée, et se rasseyant |)ros de Johannés avec luimilité.

Mais pardon ! Je m'exalte ; et peut-être tu crois ^Jue j'oublie, en louant nos dieux, Christ et sa croix.

ZMHOPHANÈS, vivement.

Non, ce qu'elle t'en dit, c'est pour te faire entendre Où, même inconscients, nos cultes pouvaient tendre.

FLAMMEOLA

Certes ! Car Dieu, dont Christ est le fils mort pour nous,

Le vrai Dieu, devant qui tu m'as mise à genoux,

C'est lui que l'on aimait déjà sans le connaître

En aimant la beauté des choses qu'il fait naître.

Toi-même, tu ne peux penser qu'en adorant

Ces choses, le plaisir soit mauvais, qu'on y prend,

Puisque à se délecter ainsi de la nature

Cest vers le Créateur que va la créature.

Christ en personne, avant la croix et le tombeau,

Ne fut pas insensil)le à ce qu'il trouvait beau.

Ne nous as-tu pas dit qu'en des jours moins jnoroses

Il se complut parmi les palmes et les roses

Quand devant lui Jérusalem se prosterna?...

ZÏTHOPIIANKS

Et qu'il a bu du vin aux noces de Cana?...

FLAM.MEOLA

Et qu'enfin, aux parfums versés d'une urne pleine,

Il répondit par un sourire à Madeleine,

Et laissa Madeleine ensuite, sans courroux.

Lui caresser les pieds de ses longs cheveux roux?

JOlIANNIiS

C'est vrai, Christ lui fut bon.

ZYTBOPIIA.NliS

Madeleine était belle.

C'est encor vrai.

Page 1