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la prohibition à laquelle je me suis référé précédemment. Il est juste de reconnaître que dans la longue liste des comédies qui eurent à soufïrir alors la persécution de la justice, liste placée en tête des six volumes du Teatro nuevo espanol^ publiés en 1801 et 1802, il y en a de véritablement disparates, et c'est, sans comparaison , le plus grand nombre. On n'avait pas toutefois l'intention de se limiter à ces seules pièces. Au moment cilla publication de ladite liste se suspendit, on avertit le public qu'elle continuerait de s'augmenter, à mesure qu'il y aurait un nombre suffisant de comédies nouvelles, originales ou traduites, pouvant suppléer dans les théâtres, au manque des anciennes qui méritaient d'être écartées. En attendant, on comprit immédiatement au nombre des saisies et prohibées : La vida es Sueho, El Rey va^ liente y justicier et Rico hombre de Alcald^ El tejedor de Segovia, première et seconde partie, El principe constante et Martir de Portugal^ El jardin de Jalerina^ El mayor encanto amor^ Pachecos y Palomeques, Masariegosy Monsalves^ et d'autres semblables.
On conçoit, après tout, que la commission de censure comprit, parmi les pièces dispara-
tes, des comédies alle'goriques et de magie, telles que El jardin de Jalerina et El mayor encanto amor, malgré la mode dont elles jouissaient dans ce temps même, alors qu'on exagérait avec tant de plaisir le symbolisme et l'allégorie dans les arts du dessin, arts qui ne sont pas obligés, par ce qu'ils montrent, à avoir forcément un but didactique et moral, comme les œuvres dramatiques. On s'explique aussi que la comédie intitulée Masariegosy Monsalves fût prohibée, parce que le duel y paraît autorisé, contrairement à la sévère réprobation des lois et de Jovellanos dans son Delincuente honrado \ Mais, à quelle idée pouvait obéir h prohibition de La vida es SuenOj de El principe constante^ de El rico hombre de Alcald^ et des deux parties de El tejedor de Segovia ? Pour moi, elle dut son origine moins à l'amour pour les comédies arregladas qu'à la politique soupçonneuse de l'époque. On ne voulut peutêtre pas qu'on vit sur la scène un Roi de-
I . Au XVII* siècle, il y eut, mais en vain, des auteurs contraires au duel. Dans des cas où il s'agissait d'honneur, les gentilshommes se défiaient jusques dans le Palais ; quelques-uns se battaient à coups de poignards devant Charles V et Philippe IV.
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trôné par son fils, aux jours où le procès de i'Escurial n'e'tait pas loin, où le monarque régnant, lui-même, avait entretenu des relations secrètes avec le comte d'Aranda, pendant assez d'années, avant la mort de son père, dans le but de se préparer au gouvernement; relations innocentes à mes yeux et au fond naturelles, mais suffisantes pour réveiller des craintes à l'égard d'autres relations semblables, chez la personne qui les avait commencées. Il ne dut pas paraître non plus opportun que le régicide et fratricide d'Henri de Transtamare se rappelassent sur la scène, en même temps que la grottesque justice de D. Pedro; ni qu'un simple particulier, devenu bandoulier par suite d'injustices, humiliât finalement son Roi et lui donnât généreusement la vie et la victoire ; ni même qu'un prince, appelé Ferdinand, ne préférât, certainement, une mort héroïque à l'accomplissement des pieuses, mais selon lui indignes dispositions de son frère et roi défunt, en livrant la place de Ceuta en échange de sa liberté. Les révolutions du moment excusent en tout cas de pareils soupçons, que personne n'aurait osé concevoir probablement aux jours des
naturels et fervents sentiments monarchiques du xvi® siècle.
Cestdans ce temps d'incontestable de'fiance qu*on en vint à supprimer aussi le petit nombre de journaux qui se publiaient; mais, dès qu'ils virent de nouveau la lumière, ils continuèrent de de'montrer la bienveillance générale de la critique espagnole pour le théâtre national. Le plus classique desdits périodiques, El Mémorial Literario de Madrid, disait, en 1802 ' ce qui suit, vraisemblablement sous rinfluence, sinon sous la rédaction d'Estala : » En toutes choses la véritable réforme consiste, non à détruire mais à reconstruire ; non pas précisément à déraciner un abus, mais à empêcher qu'un autre lui succède, et à faire qu'il naisse des beautés non connues et que celles qui existaient précédemment se conservent. En effet, nous avions, nous autres, en général dans nos comédies, un langage bon, une bonne et même excellente versification, des pensées élevées parfois, des idées ingénieuses, de Vintérêt^ de l'action^ des caractères et toutes les richesses du drame, puisqu'elles ont été noyées dans