‹ Théâtre espagnol contemporainChapitre 3 sur 17 · XI.IV · texte numérisé non relu

XI.IV

d'État, députés, sénateurs, ministres.

Je veux bien que les dispositions naturelles aient plus ou moins secondé celui-ci ou celui-là, mais on peut affirmer hardiment que c'est surtout par le Tétude et le travail qu'ils se sont élevés, qu'ils ont grandi. Or, chose digne encore de remarque, ces écrivains, qui se sont fait un renom au théâtre, ont commencé, presque tous, leur préparation, avant de produire leur pièce originale, par des traductions, des adaptations, des imitations du théâtre français, dont l'influence provoque de si grandes et de si nombreuses protestations dans la plupart des biographies.

Ces dernières nous donnent, outre les portraits physiques de nos personnages, les qualités intellectuelles et morales de chacun d'eux -, leur éducation première, récole qu'ils ont fréquentée, la direction qu'ils ont reçue, l'influence des maîtres, des amis littéraires ou politiques qui les ont secondés. Espièglerie de Penfance, escapades de la jeunesse, agitation ou

insouciance de Tâge mur, irritabilité de la vieillesse, tous les traits qui peuvent nous faire connaître la nature de rhomme sont fidèlement reproduits.

Tous ces caractères se développent, durant les trois premiers tiers de noire siècle, dans un pays qui a passé par de nombreuses transformations politiques, depuis la Constitution de Cadix, jusqu'à la dernière restauration bourbonnienne.

Aussi plusieurs de ces auteurs dramatiques ont vécu dans l'exil et ont dû chercher dans les arts, les sciences ou les lettres, les moyens de pourvoir à leur existence avant d'arriver, je ne dis pas à la fortune, mais à une position modeste et honorable. Plus d'un, réfugié en France, a conçu, dans notre patrie, l'idée pre- •mière du drame qui devait faire sa réputation.

Rien de plus curieux que les obstacles que chacun d'eux a rencontrés sur sa route. La voie du théâtre est semée d'écueils. Si un imprésario n'admet qu'avec difficulté, ou n'admet pas, la pièce

d'un auteur qui a vieilli, dont le public ne goûte plus le genre, combien de fois un directeur n'accepte pas l'œuvre d'un débutant. Et. la censure? La censure politique et ecclésiastique qui, suivant les temps, suivant surtout la personne du censeur, voit partout des sujets contraires aux mœurs, des allusions politiques, défend les comédies du vieux théâtre, même les meilleures, et ne rend pas à l'auteur les manuscrits dont on lui a confié la lecture. Mais voici la pièce admise et représentée avec succès, ce sont alors applaudissements, triomphes, apothéoses. Pour certains, c'est durable; toutefois, il y a des moments où le même poète est incompris, où des épines se mêlent à ses couronnes, où ses pièces sont dépréciées, dédaignées. Alors il quitte le théâtre de dépit, parfois, il est même obligé de se déguiser et de fuir.

Plus habile est celui qui prend un pseudonyme pour donner le change au public. Tous ces intéressants déiails sur les vicissitudes de la carrière théâtrale.

nous les trouvons longuement exposés dans les biographies que nous analysons.

Nous y lisons également les raisons qui ont fait préférer la pièce, insérée au volume, à tout autre du même auteur, même reconnue meilleure, tragédie ou comédie, en prose ou en vers. Alors nous descendons, avec le critique, dans tous les détails de la composition, l'exposé des qualités qui distinguent Tœuvre et des im.perfections qu'un œil scrupuleux peut y découvrir. Caractère des personnages, principaux ou secondaires, manières dont ils se meuvent dans le développement de l'action, intérêt ou pitié qu'ils provoquent, larmes qu'ils font couler, sympathie qu'ils excitent, nœud de l'action, conduite de l'intrigue, dénouement tragique ou. comique, tout est marqué avec soin, disséqué, pour amsi dire, avec le scalpel littéraire le plus méticuleux. Les divers genres de versification, avec les formes si goûtées du public et si agréables aux oreilles espa-

gnoles, rélévation des pensées, la clarté du langage, Félégance des expressions, le sel des bons mots, la vivacité du dialogue, les écarts de Timagination, les licences poétiques, la facilité et la richesse des rimes et jusqu*aux négligences de style, aux fautes de grammaire, tout se trouve soigneusement relevé. Il n'est pas jusqu'à la question de savoir si l'écrivain qui a composé dans les deux genres est meilleur prosateur que versicateur, ou meilleur versificateur que prosateur, qui ne soit posée et savamment résolue.

Ce n'est pas tout, les motifs de la composition des diverses pièces d'un autenr nous sont presque toujours indiqués.

Soit qu'il sacrifie aux idées du temps, soit qu'il veuille complaire au public, soit qu'il se ressente des idées de son époque, il varie ses pièces suivant les circonstances. 11 donne une imitation classique, quand le spectateur veut du néo-classique; une tragédie, quand la tragédie est en vogue-, un mélodrame,

quand le public aime le genre larmoyant; une œuvre romantique, quand règne le goût romantique; un tableau d'allusions, quand l'auditoire aime les sujets historiques et contemporains. Les pièces sont-elles dues à une seule plume, sontelles l'œuvre de plusieurs, la valeur originale et le mérite de la collaboration nous est signalée, comme nous sommes également instruits si le poète écrivait son drame en prose avant de le traduire en vers, et en vers de plusieurs formes; comme nous sommes également instruits s'il a eu, dans sa manière de faire, une ou deux époques et quel est le caractère de Tune et de l'autre.

Nous y apprenons encore le nombre des pièces de chacun, originales, refontes du vieux théâtre, traductions, imitations des pièces françaises, italiennes, allemandes; le genre ou les genres cultivés par chaque auteur, drame historique, philosophique, féerique, anecdotique, politique, symbolique; comédie d'intrigue, de caractère, sainètes et pa-

sillos, La comparaison avec les sujets analogues déjà traités, l'accueil que le public a fait aux pièces nouvelles, les applaudissements qu'il a conservés pour les unes, le peu de sympathie qu'il a témoigné aux autres, eu égard aux idées qu'elles représentent ou qu'il suppose qu'elles représentent, sont des faits qui ne sont pas oubliés, pas plus que n'est négligée la distinction qu'il faut établir entre les pièces correctes et les pièces incorrectes, ni ce qui constitue la pierre de touche d'une œuvre dramatique. Là nous est aussi donnée l'histoire des tentatives, plus ou moins heureuses, conseillées dans des circonstances diverses, pour diriger les esprits par le théâtre*, des effets de l'intervention officielle du gouvernement, pour favoriser les progrès de l'art scénique, pour encourager' les poètes, par des concours, des prix, des récompenses.

Enfin, une autre donnée curieuse qu'on recueille parmi tant d'autres relatives au théâtre, c'est le produit des

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pièces pour l'auteur. Deux mille réaux, cinq cents francs de notre monnaie; étaient la récompense que les comiques souhaitaient à l'auteur d'une tragédie originale, c'est-à-dire, d'une œuvre que Ton considère comme le dernier eflbrt d'un écrivain dramatique. La comédie de Breton de los Herreros, A Madrid vie vueh'o^ qui remplit le théâtre durant de nombreuses représentations, lui valut treize cents réaux, trois cent vingtcinq francs. Un sort plus triste attendait les malheureux écrivains dans la presse : ou leurs pièces restaient inédites dans les archives du théâtre, ou un libraire s'en emparait, comme d'un bien sans maître, les imprimait pour son compte, sans aucun égard ni respect pour la propriété littéraire, totalement inconnue. Quand les choses ne se passaient pas ainsi, Timprimeur, et encore dans des cas rares, ne donnait pas plus de quatre cents réaux, soit cent francs; et bien des fois fauteur offrait lui-même la comédie pour rien, par le seul plaisir

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de la voir imprimée, et y ajoutait mille remerciements pour Timmense faveur qu'il recevait par là. Depuis, les temps ont changé, heureusement. Ecrire pour le théâtre est devenu une profession, une carrière où les espérances d'un meilleur avenir matériel de la vie se combinent avec les glorieuses illusions de Tart. Elle n'a pas laissé d'être utile à plusieurs, mais tous n'ont pas eu, j'en suis certain, la bonne chance de celui qui, aujourd'hui, et en Espagne seulement, reçoit annuellement quinze mille piécettes de droits d'auteur.

Inutile d'ajouter qu'à côté des appréciations dramatiques que je viens d'analyser, se trouvent dans chaque biographie l'indication des divers genres littéraires auquel chacun des auteurs s'est également adonné et qui ont aussi contribué à répandre son nom dans la république des lettres. Là est encore exposé le rôle qu'il a su prendre, au milieu des révolutions littéraires de la Péninsule ibérique, et le rôle non moins

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