ACTE II, SCÈNE VI. 2M
DOW l’ÈDRE.
C’est que v uns ne vous apercevez jms combien cela les fait rire, et combien cela me donne, à moi, envie d’éclater de rage. Crovez-vous donc qu’on puisse froidement entendre insulter ainsi sa propre sœur ? Oh! je ne vous disque la vérité. Si vous voulez réduire au silence les maudits bavards, si vous tenez a faire justice de tous les propos que l’on répand sur votre. compte, mariez Isabelle, mariez-la promptement .
LA TANTE MONIQUE
C’est bien mon idée.
DON CÈDRE. ’
Et qu’il se dépêche de partir, ce baron ou plu loi ce démon qui nous. échauffe la tète à tous!
LA TANTE MONIQUE
Quand il en aura exprimé le désir, les portes seront libres;
DON CÈDRE
Et s'il ne veut pas?
LA TANTE MONIQUE
S'il ne veut point, je n’aurai pas l’audace ni l’impudeur de le chasser de chez moi. A un gentilhomme de son rang, auquel je suis redevable de tant d’attentions, vous semble-t-il donc convenable de faire une telle avanie?' Monsieur mon frère, avec vos airs de finaud , vous pouvez passer pour un prophète; mais en fait d’urbanité et d’éducation, allez, vous n’ètes qu’un écolier.
DON PÈDRK , s'asseyant.
Ainsi donc cétte nouvelle était vraie?
LE UAHON.
LA TANTE HONiQL'B.
Quelle nouvelle?
DON l'ÈDRE.
Mais lu persuasion , la conviction où v ous êtes que le baron va devenir votre gendre. Il n'y a pas d’exemple d’un aveuglement pareil ! Maudite va- i
nité . tu nous perds, en nous ôtant le bon sens !
Un mortel d'aussi haut lignage, un cousin de comtes \
et de ducs, l'arrière-pelit-fils delà reine Urraca, le üls de l'arrière-petit-fils du roi don Silo , venir nous faire la grâce de se marier avec votre fille? Quelle bourde, ô mon Dieu!
Qu'appelez-vous une bourde ? Est-ce que, par hasard, vous trouveriez mauvais, si une occasion favorable se présentait, que nous la missions à profit ?
Serait-ce donc la première fois qu’un grand seigneur épouserait une femme d’humble condition ?
Ne savez-vous pas que la passion renverse tous les obstacles ?
DON PÈDKE.
La passion , ma bonne sœur? Qu’est-ce que vous nous décochez là? Prenez garde !... Où jamais avezvous rencontré des passions de cette, sorte ? Dans les comédies, où l’on voit des princes de Danemark vêtus en jardiniers , et amoureux comme des fous de quelque petite bergère avec sa panetière çt ses chèvres. On se conte fleurette; puis viennent la jalousie, les dédains, les pleurs, enfin, la pluie et le beau temps, jusqu’au jour des noces. Alors la farce est dé*