‹ Théâtre espagnolChapitre 194 sur 405 · ACTE U , SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE U , SCENE VI

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couverte , et l’on vous démontre comme quoi ladite bergère est la propre fille du duc de Transylvanie , et d’autres niaiseries pareilles. Mais dans le monde , croyez-moi , cela ne se passe point ainsi.

* LA TANTE MONIQUE

Non?

' ' DON PÈDRE

Jamais ! Lorsqu’on entend quelque grand seigneur parler d’amour à une gentille fillette , orpheline , ■roturière et pauvre, il y a cent à parier que c’est un conte bleu. Allez, chère amie, les mariages de ces hauts personnages ne se font point par mutuelle estime ni par tendres sentiments. On prend la plume, une feuille de papier, et l’on fait des additions : a Quatre et deux , six , je ne retiens rien ; huit et sept , quinze , ici je retiens un ; un et quatre : cinq. » On regarde le total à la dernière colonne, et, selon les bénéfices qu’offre le résultat de l’opération, l’on s’épouse ou l’ou ne s’épouse pas. Mais que la demoiselle soit bossue, camarde et borgne, et le prétendu , manchot, vieux , goutteux , et lépreux ; qu’ils se connaissent d’ancienne date ou qu’ils n’aient jamais échangé une parole ; qu’ils s’adorent ou qu’ils s’exècrent, ils se marient; et que liieu les bénisse !

UA TANTE MONIQUE

Oh ! je l’avoue, mon frère, quand une fois on \ou> laisse gloser, vous n’épargnez ni le luxe des détails

ni les traits les plus mordants. Eh bien donc , si mon

langage à moi, si ma ffiron de penser vous incom-

LE BARON

mode et vous irrite, que je ue vous enchaîne pas ici ! Laissez-moi en paix , ne m’ennuyez point de vos on dit , et surtout n'élourdissez plus votre nièce avec toutes ces extravagances. A moi seule il appartient de la diriger; je sais ce qui lui convient; personne ne se dévoue autant que moi pour elle. C’est ma tille , et l'amour d’une mère n’a point d’égal.

DON PÈDRE

Et c'est cet amour maternel qui la précipite et la livre sans défense aux mains d'un inconnu , d’un enjôleur et d’un flibustier ! Mais vous avez donc la berlue pour ne pas apercevoir que ce gueux-là vous trompe? Comment, vous ne voyez rien!

LA TANTE MONIQUE

Non , parce que j’ai des raisons péremptoires et suffisantes pour établir mon opinion. Vous ne les connaissez pas , et c’est pourquoi vous vous laissez aller à ce torrent d’injures stupides.

- DON CÈDRE

Je vais vous faire la partie belle. J’admets que ce soit un grand seigneur, et que le roi et lui mangent à la môme table. Quelle conséquence en tirerezvous? Qu’il faut lui donner votre fille?

LA TANTE MONIQUE

Cela vous ferait donc de la peine ?

DON PÈDRE

Certes.

LA TANTE MONIQUE

On voit bien que vous n’êtes pas sa mère , et vous parlez comme un homme tombé en enfance.

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