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bien pauvres docteurs au fond, lui fournit le caractère de don Hermogèrte. Enfin, pour couronner l’œuvre, il entassa dans un seul moule toutes ces farces monstrueusesqui s'appelaient alors des comédies, et if imagina te Grand Siège dr Vienne. tpii sert de type il ces pièces pleines de dissertations morales, de monologues à perle de vue, de gens qui meurent d’une faim d’assiégés (hambre caluyurrilanu)-, à ces pièces remplies d évolutions militaires, de revues et de combats, de tempêtes, de bombardements, et surtout de fumée !
On conçoit tout ce que cette noble entreprise , qui avait |iour but de régénérer d’un seid coup le théâtre national, devait ameuter de haines, de colères, de sourdes rancunes et de fureurs! Certes jamais poète ne livra, avec autant de courage, bataille plus acharnée aux entieniis du sens commun et de la gloire littéraire de leur pays.
Moratin n’avait pas encore terminé sa lecture devant la troupe de Kibéra, que déjà les partisans de la troupe rivale remuaient ciel et terre contre la pièce. Acteurs, auteifrs, éditeurs, et jusqu’aux musiciens, sc liguèrent ensemble; les uns et les autres prévoyaient dans le succès de la Comédie Nouvelle la ruine de leurs cs)>e rances et de leui s intérêts. Comme l'ouvrage ne portait pas de litqg spécial, les critiques se chargèrent de lui en fournir un. On l'intitula Saynète de dix coudées, ramassis de dialogues stupid's ; mais en dernier lieu on s’arrêta à Libelle diffamatoire, et, ce gros mot trouve, on s’épuisa en démarches auprès du gouvernement afin d’obtenir défense d»; représenter la comédie.
Il ne fallut rien moins que l'intervention du président du conseil de Castille* celle du eorrégidor de Madrid, et relie du vicaire ecclésiastique, pour apaiser ces poétereaux courroucés. La Comédie Nouvelle passa cinq fois à la censure, el elle sortit triomphante de cette terrible épreuve. H fut reconnu que le Libelle diffamatoire était tout simplement un chef-d’anivre, et, qui plus est. une oeuvre de patriotisme et de justice.
Cependant la troupe de Ribéra poursuivait ses études avec un zè)e infatigable, et le jour de la représentation approchait. Mais les cabaleurs ne se tenaient pas pour vain-
eus ; ils eurent recours à la force brutale , et ils assiégèrent littéralement les portes du théâtre del Principe le 7 février 1702. Tous ceux qui ne purent pénétrer dans la salle attendirent au dehors les glorieux résultats d’une conspiration aussi magnanime.
L’assemblée écouta la pièce avec une attention soutenue, et d’abord les applaudissements seuls éclatèrent, La cohorte des sifileurs ne parvenait pas à trouver un instant propice pour faire valoir ses petits talents. Déjà le désespoir entrait dans le cœur de ces braves ; et ce désespoir prit des proportions énormes lorsqu’ils entendirent don Sérapio retracer l’image de cette plèbe ignorante et vénale qui était parvenue à dominer dans les théâtres , décernant des couronnes ou des anathèmes selon son bon plaisir.
La bordée porta en plein , et l’orage se déchaîna par un tonnerre de sifflets et de hurlements sauvages; mais peu à peu le reste de l’assemblée réussit à faire rentrer dans le calme les tapageurs, qu’attendait encore une bien autre correction.
Au milieu d’une des tirades de la septième scène du deuxième acte , l’acteur Garcia Parra, chargé du rôle de don Éleutério, vit que le montent était venu de venger une bonne fois ses camarades, le poète et le vrai public. Il s’arma de la façon la plus spirituelle d’un des mots de la pièce qui s’appliquait admirablement à la circonstance ; et lorsqu’il s’écria , Picnronex! , cuàndo han vis lu ellos comedia mejor 7 « Les coquins ! quand donc leur a-t-on offert une meilleure comédie 7 o ce fut un enthousiasme sans exemple. La cabale était en déroute, et la Comédie Nouvelle consacrée par un succès prodigieux.
C’est encore aujourd’hui le vrai titre de gloire du poète; et quoique cette pièce ne souffre plus que difficilement la représentation, par suite même des heureux changements dont elle a été la cause, elle sera, comme acte de justice nationale , rappelée en lettres d’or sur la statue que l’Espagne doit élever à Moratin !
PERSONNAGES
DON ÉLEUTÉKIO.
DON A AGUSTINA.