INTRODUCTION
de la deuxième édition
Janvier 1374.
Alexandre Manzoni vient de mourir à Milan, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, après avoir donné à ce siècle troublé le rare spectacle d'une vie aussi sereine que son œuvre. C'esl le moment que l'on a choisi, en Italie et en France, pour porter sur ce grand écrivain un de ces jugements que notre vanité appelle définitifs et que l'âge suivant ne manque guère de réviser. Il arrive même souvent que ce jugement et cette révision se sont renouvelés àplusieurs reprises, pour peu qu'entre le moment où un homme de génie a atteint l'apogée de sa renommée et celui où il meurt il se soit écoulé un long temps. Il en est, en pareil cas, du grand homme comme du soleil, et de la renommée de l'un comme de la lumière de l'autre : toutes deux s'affaissent progressivement avant l'heure où elles disparaissent. On peut dire que Manzoni a échappé à cette commune destinée. Entré avant 1830 dans sa pleine gloire, il y avait plus de quarante ans qu'il en jouissait sans conteste, quand la mort est venue mettre fin à sa paisible existence, et le jour de sa mort est peut-être celui où sa renommée a jeté le plus d'éclat, a fait le plus de bruit et a été le plus unanimement consacrée.
D'où lui est venu ce respect de tous, à une époque où les plus grands et les meilleurs n'échappent pas à cette destinée d'être contestés ou reniés, ne fût-ce qu'un jour? Je crois, de ce que Manzoni, catholique sincère depuis sa jeunesse, a porté dans sa foi un si fier sentiment de patriotisme qu'il ne pouvait être suspect à ceux qui, à tort selon nous, ont cru voir dans le catholicisme un ennemi de la