XIV INTRODUCTION
liberté italienne, et que, serviteur aussi intelligent que fidèle de la papauté, il s'était déjà enseveli dans cette retraite à laquelle rien n'a pu l'arracher, le jour où la question a été posée, mal posée suivant nous, entre la papauté et l'Italie. Les uns l'ont vu dévoué toute sa vie à la liberté et à l'indépendance de la patrie; les autres l'ont connu, à toutes les époques, un fils respectueux et docile de l'Église; et comme placé en dehors de la lutte, quand la lutte a commencé, il n'a été mis en demeure de se prononcer ouvertement pour aucune solution absolue, chaque parti a accepté et honoré une gloire qu'il croyait, à bon droit sans doute, pouvoir revendiquer comme sienne. Voilà pourquoi, le 29 mai, on voyait se confondre, sous le dôme de Milan, peuples et princes, prêtres et magistrats, artistes et soldats, ministres et tribuns. Qu'il meure un membre de la dynastie nouvelle, et on verra s'il se rencontre, même sur une tombe, la même unanimité. Mais je ne serais pas étonné qu'après ces magnifiques funérailles on vit les partis se disputer les opinions de l'illustre trépassé, s'acharner sur sa mémoire et mettre ses livres en lambeaux pour y chercher des arguments et des titres.
En attendant, ce grand esprit, auquel le siècle actuel, en Italie, serait tenté de donner son nom, a tenu si peu de place dans la politique active que, dans le reste de l'Europe, c'est surtout l'écrivain supérieur que l'on honore en lui et dont les moindres journaux racontent les dernières années, faute de pouvoir analyser ses derniers ouvrages.
En France surtout, l'écrivain était devenu classique, particulièrement le grand romancier. Le poète, on l'avait longtemps admiré sur parole, sur la parole de Fauriel et de Cousin. Le Comte de Carmag^ola , Adelgrts, les Hymnes sacrés, surtout l'ode sublime sur la mort de Napoléon, dont Lamartine s'était souvenu, ayant eu l'occasion de la lire en Italie au moment où elle parut, et d'en connaître l'auteur, tout cela les lecteurs d'élite l'avaient célébré chez nous. Mais sa grande popularité, Manzoni Padue certainement à son admirable roman des Fiancés.
Ce fut donc avec une sincère hésitation que je me hasardai, en 1841, à donner une traduction de l'œuvre poétique du maître; et si, après plus de trente ans écoulés, je me