‹ Théâtre et poésiesChapitre 109 sur 221 · ACTE I, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II

du sacrifice, il va nous abandonner un sceptre qui lui pèse.

Vainqueur des Grecs et la terreur des rebelles, accoutumé à ne jamais revenir que triomphant, deux fois devant la tombe de l'apôtre, Astolphe reploya ses bannières et s'enfuit; deux fois il repoussa la main du vieux pontife qui lui offrait la paix, et resta sourd à sa plainte impuissante; de l'autre côté des Alpes cette plainte fut entendue; deux fois, pour le venger, Pépin franchit cette barrière. Ces Francs, tant de fois secourus et vaincus par nous, dictèrent ici des traités. Je vois de ce palais la plaine avilie où se dressaient leurs tentes abhorrées, où s'imprimait dans la poussière le pied des coursiers francs.

DIDIER

Que me parles-tu là d'Astolphe et de Pépin? Ils dorment l'un et l'autre sous la terre; ce sont d'autres rois qui régnent, d'autres temps qui courent, d'autres épées qui sortent du fourreau. Quoi donc! si le guerrier qui, le premier, offrit sa tête au danger, et, le premier, escalada la muraille, tombe et meurt, faudra-t-il que les autres s'enfuient et désespèrent? Sont-ce là les conseils de mon fils? Ce fils, où est-il, ce fier Adelghis qu'à peine adolescent Spolette vit s'avancer pour sa perte, s'élancer comme un jeune épervier sur sa proie, se plonger aveuglément dans le carnage et briller sur la foule des combattants, comme l'époux au banquet nuptial? Il revenait vainqueur, et traînant avec lui le duc révolté; je le demandai sur le champ de bataille pour partager ma royauté; un cri s'éleva pour approuver et applaudir, et dans sa main, — qu'on redoutait alors, — la lance royale fut/placée. Et c'est ce même

w^00 ADELGHIS.

Adelghis qui ne sait prévoir aujourd'hui que des obstacles et des malheurs! Même après une défaite, tu ne devrais pas me parler ainsi. Oh! ciel! Mais que les pensées de Charles ressemblent à celles que je vois h mon fils, qui me l'eût dit m'eût comblé de joie.

Ah! que lui-même n'est-il ici? Que ne puis-je, en champ clos, me trouver face à face avec lui, moi seul, moi, le frère d'Hermengarde!. et, devant toi, m'en remettre au jugement de Dieu, à mon épée, du soin de venger notre affront, te faire dire, enfin, que, trop prompte, ô mon père, une' parole est sortie de ta bouche!

DIDIER

Je reconnais la voix d'Adelghis. Eh bien! le jour que tu désires, je saurai le hâter.

ADELGHIS.

O mon père, je vois un autre jour s'approcher. Au cri faible, mais révéré d'Adrien, je vois Charles venir avec tous ses Francs, et ce sera le jour des successeurs d'Astolphe contre le fils de Pépin. Rappelle-toi sur qui nous régnons; songe que, dans nos rangs, bien des ennemis sont mêlés à nos amis, qu'ils sont peut-être les plus nombreux, et que l'aspect d'une bannière étrangère te fait un traître de chaque ennemi. Pour mourir, ô mon père, il ne faut que du cœur; mais la victoire, mais l'empire est pour l'heureux mortel qui commande à des sujets unis. Je hais l'aurore qui m'annonce le jour de la bataille, et la lance pèse à mon bras, si, dans le combat, il me faut méfier de Phomme qui combat à mon côté.

DIDIER

Eh! qui jamais régna sans ennemis? Qu'importe ce

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