‹ Théâtre et poésiesChapitre 12 sur 221 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XV

laisse persuader de publier de cette traduction une nouvelle édition, très-attentivement revue, corrigée et même augmentée, c'est que depuis la première, sans que le poète ait rien publié de nouveau, ou du moins de considérable, sa renommée a si fort grandi qu'il est juste que ses poésies aient leur part dans cet accroissement de sa gloire.

J'avais mis en tête de ma version, sous forme de dédicace, une courte introduction que j'y laisse aujourd'hui, parce que je ne vois pas, en la relisant, que j'aie rien à désavouer et à retrancher dans ce que j'écrivais alors de la vie et des ouvrages de Manzoni. Tout au plus pourrais-je préciser certains points et certaines dates, et c'est ce que je vais essayer de faire, en m'aidant de ce que j'ai pu apprendre de nouveau et de ce que j'ai lu récemment, dans les revues et ailleurs, à l'occasion de la mort et des funérailles populaires du grand poète.

Alexandre Manzoni était né à Milan, le 8 mars 1785. Sa mère, on le sait, était la fille du célèbre Beccaria qu'il ne connut lui-même que tout enfant; et en cherchant bien, peut-être trouverait-on aussi dans sa famille paternelle ce nom de Manzoni déjà honorablement porté par un poète, au siècle dernier.

Manzoni, tout jeune encore, suivit sa mère en France, et fut admis avec distinction dans la société d'Auteuil, dont le nom de Beccaria lui ouvrit facilement la porte. Ce n'était pas là assurément, et dans la familiarité de Volney, de Cabanis, de Garât, de Tracy, qu'il pouvait puiser les impressions religieuses qui devaient bientôt faire de lui, pour le reste de sa vie, un catholique sincère et convaincu; mais ce fut à Auteuil qu'il trouva l'ami précieux qui devait avoir une si heureuse influence sur l'éducation de son esprit, M. Fauriel. Quant à celle de son âme, un moment incertaine, elle devait reprendre sans bruit sa pente naturelle. Ce fut, dit-on, dans une église, et en France, qu'il se sentit averti d'en haut. Mais l'œuvre de sa conversion ne fut achevée qu'en Italie, où l'amour mit un terme tout à la fois à ses doutes et à la vie un peu dissipée qu'il avait menée jusqu'à vingt ans. Vingt ans! quel éloge dans ce seul mot, et comme cette précoce maturité de rame explique bien celle du génie!

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