‹ Théâtre et poésiesChapitre 132 sur 221 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

a lâchement outragé Hermengarde, celui qui a juré d'exterminer ma race, et je ne pourrai lancer mon coursier après lui, l'arrêter, le combattre, et me reposer sur ses armes ! Je ne le pourrai pas ! Nous ne pourrons nous voir face h face sur quelque champ de bataille! à l'abri de ce rempart, la foi du petit nombre à qui j'en ai confié la garde, le cœur de ceux que je prenais autrefois pour me suivre dans mes sorties ont pu suffire pour le salut du royaume : les traîtres restaient loin du combat, inutiles, mais contenus. En pleine campagne, ils m'eussent laissé presque seul aux prises avec les Francs, et pour le moins abandonné! ô rage! certes, il m'annoncera une bonne nouvelle, le messager qui me dira : Charles est parti, et ma joie sera grande de le voir échapper à mon glaive! anfrid.

O mon bien-aimé seigneur, que cette gloire te suffise. Comme un vainqueur sur une proie, Charles est descendu sur ce royaume, il s'en retourne vaincu. Il s'est confessé vaincu, quand il a imploré la paix, quand il a offert de l'or en échange, et c'est toi qui l'as repoussé. Ton père en éprouve des transports de joie; tout le camp le proclame; tes Fidèles sont fiers de ta gloire, fiers de la partager avec toi; et les lâches qui se condamnèrent à ne pas t'aimer vont désormais te craindre plus que jamais.

ADELGHÏS.

La gloire? mon sort est de soupirer après elle, et de mourir sans l'avoir goûtée. Oh! non, cher Anfrid, ce n'est pas encore là de la gloire. Mon ennemi s'en retourne impuni; il court h de nouvelles entreprises. Vaincu ici, il peut aller ailleurs chercher la victoire. Il règne sur un peuple qui n'a qu'une volonté, un peuple

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ferme et compacte comme le fer de son épée, et comme son épée il le tient en sa main. Et moi je ne puis assouvir ma vengeance sur l'infâme qui m'a blessé au cœur, et qui, pour toute réparation, s'en vient assaillir mon royaume! Une entreprise encore se prépare, qui a toujours attristé ma pensée, qui n'est ni juste ni glorieuse, et qui sera facile et assurée.

ANFRID.

Le roi songe-t-il encore à ses anciens desseins?

ADELGHIS.

En douterais-tu? Tranquille du côté des Francs, bientôt il va tourner ses armes contre le souverain pontife ; nous entraînerons sur la rive du Tibre la Lombardie entière, toujours prête, unie contre les faibles, et fidèle quand on la mène à une proie sûre et facile. Quelle guerre, ô Anfridî et quel ennemi I Nous allons encore entasser des ruines sur des ruines. Avons-nous jamais su faire autre chose? porter la flamme dans les palais et sous le chaume, égorger les chefs des peuples, les maîtres du sol, et tout ce qui se rencontre sous nos haches, et le reste sera réduit en esclavage, divisé entre nous; et le plus craint, le plus déloyal aura le meilleur du butin. — Oh! il me semblait pourtant, il me semblait que j'étais né pour autre chose que pour commander à des brigands; que le ciel me donnerait sur cette terre autre chose à faire que de la dévaster sans péril et sans honneur. — O mon ami, ô Tunique compagnon de mes premiers jours, de mes jeux, plus tard de mes dangers dans la guerre et de mes plaisirs, le frère de mon choix, c'est devant toi seulement que ma pensée tout entière vole sur mes lèvres. Mon cœur se tourmente, ô Anfrid! il me commande de nobles et généreuses actions, et la

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